Du biochar pour fertiliser les sols

combustion

Qu’est-ce que le biochar et pourquoi c’est important? En Guinée, à cause de la faible fertilité des sols tropicaux, les cultivateurs font face à de faibles rendements et doivent recourir à une agriculture extensive sur de grandes superficies. C’est pourquoi ils pratiquent une agriculture itinérante sur brûlis. Après avoir été cultivés pendant environ 5 ans les terrains perdent leur fertilité et doivent être mis en jachère pendant une dizaine d’années pour se régénérer. Lorsqu’il constate que le terrain est à nouveau fertile, l’agriculteur brûle la végétation (arbustes, jeunes arbres) qui s’est établie sur la vieille jachère. Les cendres sont mélangées à la terre lors du labour, avant l’ensemencement (en général avec du riz de coteau), si elles n’ont pas été lessivées par les pluies auparavant.

agriculture sur brûlis     sols peu fertiles

Ce processus génère des émissions de CO2 considérables. La pratique du brûlis («shifting agriculture») est la cause principale de la déforestation (perte de biodiversité) et des émissions de CO2 de la Guinée (Rapport sur l’estimation préliminaire des émissions/absorptions de gaz à effet de serre (GES) du secteur forestier en Guinée, Banque Mondiale 2024) et même de l’Afrique en général :

drivers of forest loss

Les familles-terrains qui participent au projet arboRise font donc partie des 130 millions d’agriculteurs qui doivent recourir au brûlis pour palier la pauvreté de leur sol. Les 3 premières minutes de cette vidéo montrent une jachère défrichée puis brûlée dans la région de notre projet. Jusqu’ici la recommandation des « pays développés » a été : achetez nos fertilisants ! (et nos pesticides! et nos herbicides! et nos tracteurs! et nos semences améliorées! etc.) 

Et s’il existait une alternative plus durable et moins coûteuse ? 

Faisons un petit détour par l’Amazonie où les archéologues ont découvert à de nombreux endroits une terre noire et extrêmement fertile, que les locaux appellent « terra preta ». Il semble que les populations précolombiennes, qui pratiquaient aussi le brûlis, auraient enrichi le sol, naturellement pauvre, avec de la matière organique et surtout du charbon ou, plus précisément, du biochar.

Le biochar c’est ce qui reste après la pyrolyse de la biomasse (pyrolyse : décomposition de matières organiques, à haute température et en l’absence d’oxygène). Cela ressemble à du charbon de bois, mais en beaucoup plus poreux. Grâce à sa forte porosité le biochar est un excellent fertilisant : il absorbe l’eau et héberge des microorganismes et des mycorhizes utiles aux plantes. On se souvient aussi (voir la dernière édition de cette newsletter) que le biochar fait baisser l’acidité du sol.

Normalement on le produit dans des fours appelés Kontiki, inventés et testés par l’Institut Ithaka, une ONG suisse pionnière dans ce domaine. Le principe est tout simple: faire en sorte que la biomasse qui brûle soit toujours couverte par un rideau de flammes pour empêcher que l’oxygène de l’air pénètre à l’intérieur du four et ne s’associe au carbone pour faire du CO2.

On récapitule : le paysan guinéen doit régulièrement défricher (= couper des arbres) sur ses vieilles jachères pour les cultiver. Actuellement il les brûle et utilise la cendre comme fertilisant, mais celle-ci est lessivée par les pluies et surtout ce processus envoie une quantité gigantesque de CO2 dans l’atmosphère.

Et si on aidait cet agriculteur à transformer ce bois en biochar pour ensuite incorporer celui-ci dans le sol lors du labour ? Cela augmenterait la fertilité du sol avec un substrat naturel et gratuit, en évitant les émissions de CO2. Rêvons un peu : peut-être même que ce paysan pourra alors cultiver son champ plus longtemps et donc repousser le moment du prochain défrichement… Transformer des résidus de jachère en biochar pourrait ainsi être un moyen de réduire la déforestation… Imaginons l’impact si 130 millions de cultivateurs changeaient leur pratique !

Nous nous sommes dit : cela vaut la peine d’essayer.

D’autant plus que, puisque ce processus permet de séquestrer du carbone dans le sol en évitant des émissions de CO2, on peut générer des revenus de crédits carbone. Il existe plusieurs standards de certification carbone pour le biochar, généralement pour transformer des résidus de culture (paille de riz, tiges de maïs ou de canne à sucre, coques de café, cabosse de cacao, etc.) en biochar. Nous avons opté pour la méthodologie Global Artisan C-Sink de Carbon Standard International qui est conçue pour de petits producteurs de biochar, comme nos familles-terrains. Ce standard définit de nombreuses exigences comme par exemple :

  • Garantir la traçabilité de la biomasse sourcée : il faut être sûr que le producteur ne coupe pas des arbres n’importe où mais que sa biomasse provient de la jachère qu’il avait de toute façon l’intention de défricher.
  • La jachère ne doit pas avoir plus de 10 ans (pas de vieux arbres)
  • Le processus de pyrolyse doit respecter les normes de qualité pour minimiser les émissions de CO2 et de méthane et atteindre un taux de carbone élevé : le bois doit être totalement sec, la combustion ne doit pas émettre de fumée ni produire de cendres et atteindre 700°-800°
  • L’extinction de la combustion doit être très rapide
  • Le volume du biochar produit doit être mesuré exactement
  • Le rapport entre le volume et le poids sec doit être mesuré en laboratoire
  • Le projet doit prouver que tout le biochar a été incorporé au sol
  • La teneur en carbone du biochar doit être mesurée en laboratoire

Pour documenter cela nos superviseurs sont équipés d’une application spécifique, développée pour nous par la société Circonomy:

Circonomy dMRV

Puisqu’il s’agissait d’un test, nous avons décidé de nous limiter à 50 familles-terrains, localisées dans 4 villages du Sud de notre périmètre pour faciliter le travail de coordination et de documentation de nos superviseurs. Les 50 producteurs ont été formés (théorie et pratique), leurs 2 hectares de jachères qu’ils souhaitaient défricher ont été géoréférencés et l’attestation de propriété des terres signée par le conseil des sages de leur village (comme nous le faisons déjà dans le projet de reforestation). Chacune a reçu son équipement, défriché sa jachère comme elle prévoyait de le faire, mis le bois à sécher et creusé sa fosse de production.

Défrichements et séchage du bois:

bois

Creusement des fosses de 14 m3 (sur 2 ha de jachère il y a beaucoup de bois: les fours Kontiki auraient été trop petits et leur production très compliquée)

fosses

En parallèle nous avons aussi voulu donner un rôle (et un revenu) aux familles-graines, pour inclure les femmes dans cette activité également. Si on enrichit le biochar avec des matières riches en azote cela renforce encore son pouvoir fertilisant. C’est pourquoi nous avons demandé aux groupements féminins des quatre villages de récolter du fumier qui sera mélangé au biochar avant l’incorporation dans le sol.

La production de biochar proprement dite s’est déroulée dans des conditions difficiles, principalement en raison de la période tardive choisie pour les activités (choix dû à la disponibilité de l’auditeur de CERES CERT et à la disponibilité de l’outil de documentation de Circonomy). Produire le biochar s’est trouvé en concurrence avec les autres travaux agricoles et les superviseurs ont dû beaucoup s’investir pour convaincre les producteurs de respecter la convention qu’ils avaient signée. C’est une bonne leçon pour l’année prochaine.

Un autre enseignement est la complexité du processus de production : pour respecter toutes les exigences du standard il faut coordonner et synchroniser beaucoup de ressources (avoir assez de bois pour alimenter la combustion, avoir suffisamment d’eau pour éteindre la fosse, obtenir le fumier des groupements féminins, prévoir les bœufs pour labourer, etc.) et peut-être avons-nous surestimé la capacité de gestion des agriculteurs. Nous allons optimiser cet aspect en 2027.

Produire du biochar requiert la coordination de plusieurs ressources : main d’œuvre, bois, eau, tricycles, fumier, bœufs, etc. La synchronisation de ces ressources est un défi.

production de biochar

L’audit biochar a été intense puisque nous avons visité 20 producteurs en 3 jours pour que l’auditeur burkinabé puisse contrôler tous les aspects du projet sur un échantillon représentatif de producteurs. Il a été particulièrement généreux dans ses critiques, jusque dans les moindres détails (par exemple : comment orienter le soc de la charrue pour pouvoir facilement incorporer le biofertilisant et refermer le sillon au prochain passage de la charrue). Nous avons donc fait le plein d’idées d’amélioration pour 2027.

Chaque auditeur a ses obsessions. Pour notre auditeur c’était la qualité de l’allumage, le mélange de biochar avec le fumier, l’incorporation du bio-fertilisant dans le sol et la représentativité de l’échantillonnage

application dans le sol

Au final, 1445 sacs de 270 litres ont été produits en 127 « batches » de production. Cela représente 300 tonnes de CO2 (on se souvient que l’helvète moyen génère 15 tonnes de CO2 par année). Cette production est actuellement en cours de vérification et les 300 crédits carbone devraient pouvoir être émis cette année encore. C’est un autre grand avantage du biochar : les revenus carbone sont générés sans délais.

La saison des pluies touche à sa fin et nous saurons aussi dans quelques semaines quel a été l’effet fertilisant du biochar sur le rendement agricole du riz semé par les cultivateurs. L’un d’entre eux a déjà spontanément exprimé sa grande satisfaction par rapport à sa récolte.

Nous souhaitons ici vivement remercier REPIC, une initiative commune du SECO, de la DDC, de l’OFEV et de l’OFEN pour promouvoir les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et l’efficacité de l’utilisation des ressources dans les pays en développement et en transition, qui nous a accordé sa confiance en finançant ce projet pilote, séduit par nos deux objectifs :

  1. Accroître les rendements agricoles grâce au biofertilisant à base de biochar
  2. Valoriser les déchets végétaux (résidus des jachères) au moyen de crédits carbone

 

REPIC

Deuxième paiement des « revenus carbone »

Paiement

Les communautés bénéficiaires de la sous-préfecture de Linko, dans la préfecture de Kérouané, ont bénéficié le jeudi 15 août de la deuxième campagne de paiement des crédits carbone, issus de leurs efforts de reboisement et d’entretien des espaces forestiers. 

La cérémonie a mobilisé les représentants des villages bénéficiaires, les autorités administratives et locales de Kérouané et de Linko, ainsi que les responsables du projet et ses partenaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prenant la parole, le Directeur exécutif de l’ONG GUIDRE a rappelé les objectifs du projet et souligné l’importance de la transparence dans le processus de paiement, notamment grâce au partenariat avec le Crédit Rural de Guinée. Il a précisé qu’il s’agit de la deuxième fois que les familles bénéficiaires reçoivent les retombées financières liées à leurs efforts de reboisement et d’entretien des forêts, le premier versement ayant eu lieu en octobre 2025.

Au total, 1,1 milliard de francs guinéens seront répartis entre les bénéficiaires concernés. Le Directeur exécutif a également appelé les communautés à renforcer leur vigilance contre les feux de brousse, afin de préserver les acquis du projet.

De leur côté, les bénéficiaires ont réaffirmé leur engagement à poursuivre les activités de restauration et de protection des forêts, tout en respectant les recommandations du projet.

Présidant la cérémonie, le Sous-préfet de Linko a encouragé les communautés à davantage s’impliquer dans la lutte contre le changement climatique et la préservation des ressources naturelles, avant de procéder au lancement des activités de paiement.

À travers cette campagne, arboRise et son partenaire local GUIDRE renforcent leur approche participative en permettant aux communautés de bénéficier directement des retombées économiques générées par leurs efforts de conservation et de restauration des forêts.

 

Ensemencement à Diassodou

Ensemencement collectif

En juillet, juste avant la saison des pluies, c’est la période des semailles dans les champs. C’est aussi le moment de l’ensemencement des graines forestières récoltées par les familles-graines du projet arboRise. Cet activité se fait collectivement et le groupe se répartit entre ceux qui creuses les poquets avec leur houe et celles qui placent une graine dans chaque poquet.

 

Quel est le meilleur sol pour nos arbres?

Nous savons que le sol influence significativement la croissance de nos arbres depuis le Design Project 2024 d’Ines et Aurèle. Nous avons voulu en savoir plus dans le cadre d’un nouveau Design Project avec l’EPFL.

Camille Perrin et Alena Vasilyeva ont analysé des échantillons de sol prélevés sur 19 terrains: 10 terrains où la croissance de nos arbres est forte selon nos mesures dendrométriques et 9 terrains où nos arbres ne grandissent pas bien.

Alena et Camille montrent que deux groupes de facteurs expliquent la croissance de nos arbres et que le pH est déterminant. Plus le sol est acide, moins les nutriments qui y sont présents, sont accessibles aux végétaux (il y a ainsi paradoxalement plus de phosphore dans les sols des parcelles non-performantes car ce phosphore ne peut pas être absorbé par les arbres puisqu’il est plus fortement lié à d’autres atomes).
En zone tempérée on utilise le chaulage pour rendre le sol plus basique, mais la chaux n’est pas facilement disponible dans notre région. On peut aussi utiliser de la cendre (ce que font les cultivateurs lorsqu’ils brûlent les arbres pour reconvertir une jachère en champs cultivé) ou du biochar (ce que nous allons essayer d’introduire – nous en reparlerons!).
Leur rapport complet est disponible ici:  DP_Soils_final_report

Prédire les défrichements

carte des défrichements

Prédire les défrichements est important pour notre projet. C’est pourquoi, cette année encore, nous avons collaboré avec l’EPFL dans le cadre d’un Design Project.

Feryel El Phil et Camille Dupré Tabti ont d’abord montré que la dérivée première des valeurs NDVI était une bonne méthode pour identifier le moment où un terrain est défriché.

Il leur est ainsi possible de calculer la durée de rotation culturale pour chaque terrain. On voit ci-dessous qu’elle est très variable : certains terrains voient une rotation tous les 7 ans (en gros: 2 ans de culture, 5 ans de jachère) alors que d’autres peuvent aller jusqu’à 25 ans:

Fortes de ces résultats elles génèrent ensuite une carte des probabilités de défrichement à Linko et à Samana et concluent que le risque que nos parcelles soient déboisées augmente si le terrain est facilement accessible pour le cultivateur (proximité du village) et s’il est naturellement fertile. Nous pouvons ainsi prédire quelles familles-terrains seraient les plus susceptibles de remettre en question leur participation au projet si les revenus carbone qu’elles reçoivent ne les satisfont pas.

Le rapport d’analyse complet est disponible ici: DP_Leakage_final_report

Des infrastructures durables

On se souvient qu’en 2025 les familles-terrains avaient été d’accord d’allouer 10% de leurs « revenus carbone » à leur village. La répartition du montant s’était faite en proportion du nombre de familles-terrains et de la superficie reboisée par village. Ainsi, Forono, le village le plus important, avait reçu environ 800.- CHF alors que Kala, le village le moins important, avait reçu 50.-. Comme ces montants ne suffisent pas pour de réels travaux d’infrastructure, ils ont été dépensés sans impact durable.

Nous avons voulu changer cela et avons proposé au comité coopératif de la Coopérative d’y réfléchir. L’idée était de ne plus répartir les CHF 10’000.- annuels de la « part des villages » sur les 26 villages mais seulement sur deux villages, chaque année. Les montants seraient alors suffisants pour construire des infrastructures durables. Le comité coopératif a validé l’idée et la proposée à L’Assemblée générale de la Coopérative en lui suggérant que les 2 villages bénéficiaires soient tirés au sort parmi les villages qui n’ont pas encore de forage (l’accès à l’eau étant l’infrastructure la plus critique pour un village). L’Assemblée Générale a suivi la proposition du comité coopératif et le hasard a choisi les villages de Mamouroudou et Diaradouni.

Comment choisir les 2 villages? c’est tout simple: par tirage au sort !

le hasard décide

Nous allons donc faire creuser un puit profond dans ces deux bourgades. Ce sera une véritable révolution pour les femmes de ces villages, car elles n’auront plus à descendre et remonter la colline pour aller chercher de l’eau et laver le linge à la rivière (la gestion de l’eau est critique, même dans le « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest »). Chaque femme gagnera ainsi jusqu’à une heure par jour et n’aura plus à porter plusieurs hectolitres d’eau sur la tête en franchissant un dénivelé de plusieurs dizaines de mètres plusieurs fois par jour. Sans oublier le transport des énormes quantités de bois nécessaires pour faire bouillir l’eau non-potable de la rivière.

L’année prochaine, nous ferons de même avec deux autres villages, et ainsi de suite pendant 13 ans pour que chacun des 26 villages bénéficie d’une infrastructure durable grâce à cette « péréquation financière » avant la lettre.
L’illustration ci-dessous est tirée des archives du CICR en Guinée, merci! 

Audit de vérification

La fin du mois de mars a été consacrée à la préparation de l’audit de vérification. Une trentaine de placettes ont d’abord été choisies aléatoirement. Parmi celles-ci les auditeurs en contrôlent la moitié, généralement en fonction de la strate. Par exemple trois placettes ensemencées en 2021, quatre de 2022, trois de 2023, etc. Pour que le programme de visite soit réalisable en quelques jours, il importe également de s’assurer de l’accessibilité de chaque parcelle.
Sur les placettes sélectionnées, nos partenaires de South Pole ont insisté pour que les équipes de GUIDRE refassent les mesures d’arbres réalisées en novembre,  pour être vraiment certains d’éviter les mauvaises surprises. Il faut en effet que les mesures d’arbres faites en présence des auditeurs correspondent exactement aux mesures faites avant l’audit. On n’a pas le droit à l’erreur. Or les surprises ne sont pas exclues: traces d’anciens feux ou de passage de bétail, un arbre de baseline « oublié » ou « ajouté »… plusieurs d’aspects qu’il faudra ensuite expliquer et justifier auprès des auditeurs. Et puis il y a les impondérables du voyage : UNHAS a de nouveau annulé un vol interne à la dernière minute et nous avons dû organiser le trajet des auditeurs par la route de Conakry à Linko. 800km à faire en 24h pour respecter le planning de l’audit, c’est sportif !
Malgré ces petits problèmes, l’audit s’est très bien passé, du 7 au 11 avril, grâce à la bonne humeur de tous et à l’interprète guinéen, bien plus compétent que le précédent. Car en effet, il ne s’agit pas que de mesurer des arbres: les auditeurs veulent aussi interviewer les bénéficiaires dans les villages pour s’assurer que tous les co-bénéfices que nous prétendons générer sont effectivement réels.
Nous avons même pu gagner du temps sur le programme car les auditeurs ont décidé de ne remesurer qu’un échantillon d’arbres par placettes. Mais il y avait un petit souci: les nouvelles mesures lors de l’audit obtenaient souvent un plus grand nombre d’arbres supérieurs à 2 mètres que les mesures faites en novembre, 6 mois plus tôt. Pour une raison toute simple: les 4 jours de pluies exceptionnels au mois de mars avaient immédiatement fait croître de jeunes arbres en-dessus de la limite des 2 mètres !
Sur les terrains, Pranam se charge des mesures d’arbres, tandis que Adak interroge les propriétaires avec l’interprète:
L’audit s’est conclu sur une note très positive puisque les auditeurs de Carbon Check n’ont relevé qu’un seul «finding» concernant le travail de terrain : lors des vérifications futures nous devrons marquer les arbres mesurés lors de notre inventaire forestier, pour que seuls ces arbres soient remesurés lors de l’audit (et pas ceux qui auront poussé grâce à la pluie)

Entretien avec Mariame Condé

Mariame Condé

Mariame Condé est « famille graine » dans le village de Kofilakoro depuis janvier 2022. Elle récolte l’espèce Carapa Procera (Kobi). Ecoutons-la raconter ses impressions dans sa langue maternelle, le konianke, traduit par Sékouba Condé, l’un des superviseurs de notre partenaire GUIDRE:

« Je m’appelle Mariame Condé famille graine. Ce projet a changé ma vie. En 2022 j’étais enceinte, j’ai fournit des efforts de collecter 20.000 graines à la fois. Le projet m’a payé 1.000.000 fg cet argent m’a soulagé. A l’époque mon mari avait voyagé sur Siguiri, une zone minière très loin d’ici, pour aller chercher de l’or en échange d’argent, et notre récolte avait presque finie d’être consommée. C’est dans cet argent Arborise que j’ai utilisé pour payer la nourriture et acheter des habits pour mon garçon.

En 2023 j’ai reçu 1.000.000 fg. J’ai acheté 2 moutons, j’ai reçu aussi une grande bâche qui me permet de récolter facilement mes graines de Kobi. Après la période de récolte des graines j’ai toujours utilisé ma bâche pour sécher mes grains de riz et servir à mes enfants de se coucher dessus.

En 2024 j’ai reçu 1.000.000 fg de la part de Arborise, j’ai augmenté le nombre de mes moutons. Moi je suis contente de ce projet, car il est venu pour nous aider et lutter contre la pauvreté.

A date j’ai 7 moutons qui sont mes économies durant des années pour mes enfants.

Aujourd’hui notre récolte des graines a pris fin, mais non seulement je continue à tirer de profit de mes moutons, mais surtout nous les femmes nous sommes constituées en groupement (CGC SABOUGNOUMA DE KOFILAKORO) Chaque année nous produisons des piments, du gombo et de l’arachide en quantité. C’est grâce à ce méga projet Arborise-Guidre que notre vie a changé.

Depuis que moi je suis née je n’ai jamais vu un tel projet qui donne beaucoup d’argents à nos maris des familles-terrains, qui nous donne encore beaucoup d’argent et nous aider à créer des forêts dans notre village, qui nous aide à avoir de l’eau dans nos marigots. Monsieur Condé vous mêmes vous savez que de 2021 – 2023 le marigot que tu as traversé sans eau, aujourd’hui il y’a l’eau désormais pendant toute l’année. Ensuite pourquoi moi j’ai aimé ce projet et pour nous l’apprécions tous: ce projet respecte toujours ses engagements, ses promesses vis à vis à nous. Nous avons toujours reçu tout ce qui est mentionné dans la convention et beaucoup de choses qui ne sont mêmes pas mentionnées dans la convention comme par exemple des rouleaux de grillages, des bâches, des machettes, des charrues… mais nous les avons toujours reçu à temps réel.

Mariame Condé

Comment partager les revenus carbone?

L’un des objectifs de la Coopérative, et le rôle principal du Comité Coopératif, est d’élaborer une clé de répartition des revenus carbone. En effet, ce n’est certainement pas à arboRise de définir comment ces revenus seront partagés entre les coopérateurs. Ce choix doit être fait par les premiers concernés, en fonction des traditions et des usages locaux.

Mais quels seront ces critères ? et comment les pondérer ? Doit-on tenir compte de l’effort et du mérite ou au contraire distribuer les revenus de manière uniforme ? La fatalité peut-elle être invoquée pour justifier certains résultats décevants ? etc.

Plutôt que de discuter de ces critères de manière abstraite, nous avons opté pour les jeux sérieux, plus efficaces. Concrètement, nous avons utilisé des bâches préimprimées sur lesquelles figuraient plusieurs cas de figure, comme ici où il s’agissait de répartir les revenus en fonction des aléas subis par les propriétaires des terrains :

bâche préimprimée

Chaque membre du comité coopératif disposait de 20 pièces de monnaie (symboliques) représentant les revenus carbone du projet et avait pour tâche de les répartir entre les 10 situations présentées sur la bâche, puis de commenter son choix devant ses pairs.

Répartition des revenus  répartition - verteilung - sharing     Partager les revenus

Au fil de la journée un consensus s’est rapidement dégagé sur les principes de répartition des revenus carbone, par exemple :

  • Le respect des règles de la coopérative par chaque coopérateur doit être récompensé proportionnellement à l’effort que coûte le respect de chaque règle. Par exemple certaines règles « coûteuses » (installation des pares-feux autour des terrains) doivent être mieux rémunérées que les règles simples (installation des rubalises pour signaler les terrains)
  • Bien sûr que ceux qui s’engagent beaucoup pour favoriser la croissance des arbres sur leurs terrains doivent être récompensés, mais il faut aussi donner un peu aux « non-méritants » car sinon ils risquent de quitter le projet
  • Il faut (très clairement) récompenser le résultat (la densité et la hauteur des arbres sur les terrains) et pas l’effort qui a été nécessaire pour obtenir ce résultat
  • Les facteurs extérieurs (infertilité du terrain, feux, etc.) ne sont pas à considérer comme des fatalités : c’est la responsabilité de la famille-terrain si elle a choisi un terrain peu propice ou si son terrain a été touché par des feux.

Les jours suivants, nous avons répété le même exercice des bâches dans les 18 villages, à raison de 2 villages par jour, avec toutes les familles-terrains du village et en présence des 2 membres du comité coopératif du village. L’idée était de montrer aux familles-terrains la complexité de la tâche du Comité Coopératif, et cela a aussi permis d’exprimer tout haut ce que tout le monde pense tout bas : à la fin ce seront ceux qui auront des résultats qui recevront le plus de revenus carbone. Un autre enseignement, rassurant, est qu’il n’y a pas de véritables différences entre les villages : les choix de répartition sont assez homogènes.

Tout à la fin de l’exercice des bâches, nous avons demandé dans chaque village « quelle part de vos revenus carbone seriez-vous prêts à partager librement avec votre village ? ». La plupart des participant a indiqué être disposé à partager environ 10% de ses revenus carbone avec sa communauté. Avec cela les villages pourront développer leurs infrastructures (puits, maraîchages, poste de santé, école…).

 

exercice des bâches dans les villages

Nous avons également échangé avec les familles-terrains au sujet de leurs coûts d’opportunité. En effet, si ces cultivateurs prêtent des terrains pour qu’ils soient reboisés, ils renoncent potentiellement à des revenus issus de leurs cultures. Nous nous sommes donc plongés avec eux dans les détails de la culture du riz de coteau pour en comprendre tous les aspects (rendements, dépenses, durée des cultures, durées des jachères, etc.).

Au total, dans les 18 villages, 186 personnes, soit 72% de toutes les familles-terrains, ont participé à ce processus de délibérations. Pour arboRise, le reboisement participatif n’est pas un vain mot. C’est essentiel que chacun.e ait son mot à dire pour que tous.te.s s’approprient le projet.

Selon notre expérience, l’un des leviers du changement, dans toute organisation ou groupe social, ce sont les leaders. Et notre processus vise également à faciliter l’émergence de nouveaux leaders, légitimé.e.s par des élections transparentes dans leur village, puis au niveau sous-préfectoral, au sein de la Coopérative. Bien entendu, les responsables politiques actuels (Sous-préfet, Maire de Linko, chefs de villages) sont associés au processus. Ils se félicitent de la dynamique initiée par le projet dans la région. En effet, nous sommes convaincus que c’est la mise en réseau des leaders (anciens et nouveaux !) qui sera décisive.

Elections des organes de la Coopérative

élections

En décembre 2025 nous avions fondé la Coopérative des familles-terrains de Samana pour bien gérer le bien commun que sont les nouvelles forêts arboRise (voir notre reportage ici) et le 1er février 2026 a eu lieu une nouvelle Assemblée Générale pour procéder aux élections des organes de la coopérative :

Organes de la Coopérative

En prévision de l’élection des 18 membres du Comité Coopératif, chaque village avait préalablement élu deux représentant.e.s, un homme et une femme. Lors de l’AG nous avons très simplement utilisé un chapeau dans lequel étaient placés 10 billets « Femme » et 8 billets « Homme ». Chaque village a tiré un billet au hasard et c’est ainsi que nous avons obtenu un Comité Coopératif constitué en majorité de femmes, toutes reconnues dans leur village, et ainsi visibles au niveau de la sous-préfecture.

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A ce propos, dans certains milieux on s’apitoie volontiers sur la condition de la femme africaine. Pour notre part, nous observons des signes tangibles de leur influence, qui contredisent cette image de faiblesse. Ainsi, dans un village de la sous-préfecture, les femmes ont destitué le chef du village qui rechignait à ce que le village rejoigne le projet ! Autre exemple : c’est une femme du village de Booko qui dirige la confrérie des chasseurs de toute la sous-préfecture, une fonction extrêmement puissante et qui implique des pouvoirs coutumiers importants. Troisième indice : le fait d’avoir exigé une majorité de femmes au comité coopératif n’a jamais été contesté, ni même débattu. Pour clore cette parenthèse, une lecture inspirante à ce sujet : L’autre langue des femmes de Léonora Miano.

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…Ensuite nous sommes passés à l’élection des 5 membres de l’Administration. Les coopérateurs de chaque village ont d’abord choisi le candidat de leur village, puis toute la salle a voté à main levée pour chaque candidat, les 5 avec le plus de voix ont été élus. Nous sommes très heureux de l’élection de Monsieur Mamady Kourouma, du village de Farawanidou, comme directeur de l’administration, et que Madame Mariam Sidibé de Sokourala, représente les femmes au sein de l’Administration de la Coopérative.

Les candidats et candidates Les 5 membres de l'administration

Chaque candidat et candidate s’est d’abord présenté.e à l’Assemblée, puis les 5 membres de l’administration ont été élu.e.s démocratiquement.  

Le jour après l’Assemblée Générale, nous avions organisé une formation pour les 5 membres de l’administration et les 18 membres du Comité Coopératif et leurs suppléant.e.s pour les préparer à leur rôle et responsabilités.

  • Pour l’Administration c’est simple : ils doivent gérer le budget et organiser la prochaine Assemblée Générale (et ainsi soulager notre partenaire GUIDRE qui s’en occupait jusqu’ici)
  • Pour le Comité Coopératif, c’est plus ardu : il s’agit de mandater les mesureureuses pour que chaque terrain soit visité et évalué, puis, sur la base de leur rapport, d’élaborer une clé de répartition des revenus carbone. En effet, ce n’est certainement pas à arboRise de définir les critères de répartition de ces revenus. Ce choix doit être fait par les premiers concernés, en fonction des traditions et des usages locaux.

Mais selon quels critères répartir les revenus carbone ? vous le découvrirez ici.