Journée historique dans la sous-préfecture de Samana le 13 décembre 2025 : la première coopérative de Samana, regroupant les 248 familles-terrains de Samana, y a été fondée en présence des autorités locales.
Les 248 coopérateurs et coopératrices ont été invité.e.s à se réunir dans la Maison des Jeunes du chef-lieu de la commune. Un tel événement est exceptionnel dans la région : la plupart des participants ont été très surpris de recevoir deux bons repas pendant la journée ainsi qu’une indemnité journalière.
Les autorités de Samana ont été invitées et le sous-préfet de Samana a prononcé un discours très inspirant, que nous avons enregistré et diffusé sur la radio locale. Le thème principal de la journée était l’explication de « pourquoi créer cette coopérative » (pour mieux gérer les parcelles reboisées qui sont le bien commun de toutes les familles) et la préparation des élections des organes de la coopérative lors de la prochaine assemblée générale en mars 2026.
La Coopérative de Samana est déjà la deuxième, après la création de la coopérative de Linko en 2023.
201 participants se sont réunis à la Maison des Jeunes de Samana. Le bâtiment a tout juste pu accueillir l’assemblée.
Pour fournir un soutien immédiat aux familles-graines et aux familles-terrains de chaque village, le projet y constitue un Comité de Gestion Communautaire. Il s’agit de personnalités du village, entre 10 et 20 personnes, souvent déjà responsables de thématiques spécifiques (groupement féminin, jeunesse, santé et hygiène, etc.).
Dans notre projet les CGC sont responsables de
L’appui des familles graines et des familles terrains. Le CGC coordonne les activités collectives (collecte des graines, ensemencement, etc.) et organise des activités d’apprentissage par les pairs.
L’identification des bonnes pratiques. Le CGC identifie dans son village les terrains sur lesquels les arbres ont le mieux poussé et cherche à comprendre pourquoi pour reconnaître les bonnes pratiques
La diffusion de bonnes pratiques au sein du village et entre les villages. Le CGC transmet les bonnes idées des familles graines aux autres familles-graines du village et la même chose pour les familles-terrains. Le CGC partage avec les autres CGC les bons exemples dans son village. Le CGC est le moteur de l’entraide
La transmission des formations. Le projet forme les CGC pour qu’ils puissent former les familles du village
L’identification des équipements et infrastructures utiles à la communauté. Le CGC organise la concertation des familles graines et terrains pour décider ensemble quels équipements et infrastructures sont nécessaires
Les équipements collectifs obtenus grâce à arboRise sont gérés par les CGC. Le CGC établi un plan d’utilisation des équipements selon les besoins des familles graines et terrains. Après leur utilisation par les familles, celles-ci rendent le matériel au CGC qui s’assure de son bon état et procède à son entretien
Les CGC coordonnent les mesures de santé-sécurité. Le CGC documente les situations d’urgences, les accidents, incidents et blessures dus au projet déclarés par les familles. En cas de situation d’urgence, le CGC organise le transport immédiat au Centre de Santé
L’identification de litiges ou de doléances dues au projet. Chaque CGC évalue les effets du projet sur la communauté. Il peut exprimer les attentes des familles au projet et le conseiller sur les mesures à adopter.
Chaque année le projet organise une formation pour les délégués des CGC de chaque village. En décembre les CGC des 20 villages de Damaro ont reçu leur première formation couvrant des thèmes tels que « le changement climatique », «les marchés du carbone», «la prévention des feux de brousse», «les rôles des CGC», «le mécanisme de doléances», etc. Les délégués des CGC des villages ont été très attentifs et le maire a rendu visite aux participants pendant la formation afin de souligner l’importance du projet pour Damaro et les communautés et d’exhorter les participants à bien écouter et à apprendre le plus possible.
Ces formations sont bien sûr aussi l’occasion d’écouter et de discuter les préoccupations des participants. Ce dialogue contribue à adapter le projet à toutes les situations particulières qui se présentent.
La formation s’est déroulée dans la nouvelle mairie, et nous avons eu l’honneur de recevoir la visite du Maire de Damaro.
Comme à Damaro, les CGC de Samana et Diassodou ont reçu une première formation. À Samana, comme nous en sommes à la deuxième année du cycle de plantation, nous avons expliqué le rôle de la Coopérative et analysé les contenus des conventions dans les moindre détails, car cette question avait été soulevée par les auditeurs lors de l’audit de validation. L’explication des conventions a été traduite en langue locale.
Les participants étaient très attentifs et ont posé de très bonnes questions.
Comme on l’a vu, la mesure manuelle des arbres pour une vérification est très fastidieuse. De plus, la biomasse est estimée au moyen d’une équation allométrique qui ne tient compte que du diamètre et de la hauteur.
Qu’en est-il de la biomasse dans les branches ? Est-elle suffisamment prise en compte par les équations, qui souvent ne sont issues de mesures de forêts, indépendamment de l’espèce.
D’autres méthodes de mesures dendrométriques existent qui recourent en général à des scanners (TLS : terrestrial laser scanner)
De nombreuses études montrent que la précision de la mesure et le temps nécessaire sont similaires aux mesures manuelles, mais ces équipements sont très chers (60’000.- CHF).
Depuis 2021, la plupart des iPhone et iPad contiennent un scanner lidar (laser) et des applications spécifiques pour la mesure des arbres ont vu le jour sur l’app store. Le coût est bien inférieur aux équipements de TLS et la mobilité permet de résoudre les problèmes d’occlusion auxquels sont confrontés les TLS fixes. Nous avons voulu tester cette approche.
La littérature scientifique sur le sujet est déjà bien fournie :
Sur la base de ces études, nous avons retenu deux applications que nous avons testées. ForestScanner et Arboreal Forest se contentent hélas de mesurer le diamètre (mais elles le font très bien) et de créer un digital terrain model. Nous aurions souhaité de véritables images 3D de chaque arbre.
Nous avons testé ensuite deux applications de modélisation 3D (3D Scanner app et Polycam) mais les résultats n’ont pas été concluant : scanner un arbre de tous les côtés prend de nombreuses minutes et il est toujours impossible de scanner l’arbre par en-haut, donc l’image 3D des branches et de la couronne est lacunaire. De plus, lorsque la végétation basse est dense, avec beaucoup de feuillages (qui bougent à cause du vent), le scanner a des difficultés à travailler correctement.
Conclusion : les mesures manuelles restent pour l’instant toujours plus avantageuses en termes de rapidité, de coûts et de précision. Mais merci à tous ces développeurs d’applications qui fournissent des outils très utiles pour mesurer des monocultures.
La validation du projet étant presque terminée, nous pouvons désormais entamer le processus de première vérification. On se souvient que nous avons établi un échantillon représentatif de 116 placettes de monitoring parmi les 840 parcelles reboisées entre 2021 et 2024. Maintenant nous devons mesurer tous les arbres présents sur les 116 de placettes de 625 m², soit 72 500 m² au total. Cette opération nécessite plusieurs étapes :
Actualiser la procédure opérationnelle standard et former GUIDRE en visioconférence
Pour chacune des 116 parcelles, les équipes de mesure de GUIDRE doivent
trouver la parcelle dans le village donné
rafraîchir la peinture jaune au centre de la parcelle
baliser le périmètre de 625 m² de la parcelle circulaire avec des rubalises
identifier chaque arbre de plus de 2 mètres, le marquer avec un morceau de ficelle colorée pour ne pas le mesurer deux fois, mesurer son diamètre à hauteur de poitrine et identifier l’espèce de chaque arbre. Il s’agit d’une tâche ardue, sachant qu’il y a environ 100 arbres dans chaque périmètre.
envoyer les données via le formulaire Kobo-Collect
Dans les deux premiers villages (Linko et Kala), les équipes ont aussi dû compter tous les arbres de plus d’un mètre et mesurer la hauteur de chaque arbre de plus de deux mètres.
D’après notre expérience à Samana, nous savons que cette activité est exigeante car elle nécessite de la concentration et de la précision dans un contexte difficile (pluie, forte densité d’arbres et de buissons). Bien que nous souhaitions nous en tenir à notre planification, nous ne mettons pas trop de pression sur les équipes afin de garantir la qualité des mesures. Après une période de rodage, les deux équipes progressent très bien.
Il est difficile de définir le périmètre de la parcelle à 14,1 mètres du centre en raison de la végétation dense.
Toutes les 290 familles-terrains à Linko ont reçu pour la première fois leurs «revenus carbone», selon la clé de répartition proposée par le comité coopératif et approuvée par l’Assemblée Générale de la Coopérative. Rappelons qu’il s’agit de revenus carbone virtuels puisque le projet n’a pas encore généré de crédits carbone. Le montant distribué aux bénéficiaires est tiré des préfinancements du projet.
Pour assurer un paiement sécurisé le projet a proposé à chacun des 290 membres de la Coopérative des Familles-Terrains de la CR de Linko d’ouvrir un compte bancaire au Crédit Rural de Guinée. Le projet a financé les frais administratifs de ces ouvertures de comptes par la filiale de Kérouané du CRG.
Le processus de paiement s’est déroulé sans encombre malgré quelques difficultés techniques rencontrées par le Crédit Rural de Guinée (retard de paiement de la Banque centrale au CRG et problèmes informatiques liés au logiciel utilisé pour répartir les fonds sur les comptes individuels).
L’équipe du Crédit Rural de Guinée a mis en place un bureau mobile à Linko afin de réduire la distance pour les bénéficiaires.
La part attribuée aux villages, telle que votée lors de la dernière assemblée générale de la coopérative, sera remise très prochainement aux autorités de chaque village afin de promouvoir des projets d’utilité publique.
Après avoir délimité et ensemencé les parcelles 2025 au cours du premier semestre, nous devons mesurer la baseline sur un échantillon, ce qui se fait au cours du second semestre. Cela nécessite plusieurs étapes :
South Pole calcule la taille de l’échantillon et identifie les coordonnées GPS de manière aléatoire
Nous mettons à jour la procédure opérationnelle standard et formons GUIDRE
Pour chacune des 45 parcelles, les équipes de mesure de GUIDRE doivent
trouver la parcelle dans le village donné
installer un poteau métallique au milieu de la parcelle et le fixer avec des pierres
marquer ce centre avec de la peinture jaune
baliser le périmètre de la parcelle circulaire de 625 m² avec du ruban de signalisation
identifier tous les arbres existants, les marquer avec un clou (pour pouvoir les retrouver lors des mesures futures), mesurer leur diamètre à hauteur de poitrine et leur hauteur, et identifier l’espèce de chaque arbre
envoyer les données via le formulaire kobo-collect
L’objectif de cette activité sera, à l’avenir, de déduire cette biomasse qui n’est pas due au projet de la biomasse générée par le projet. En effet le projet ne peut s’attribuer le mérite d’avoir planté ces arbres puisqu’ils étaient déjà là. Par contre, dorénavant le projet doit protéger ces arbres, car s’ils venaient à disparaître nous devrions retirer la biomasse perdue des tonnes de carbone générées par le projet
Cette activité a débuté à la mi-septembre et a été rendue difficile par les fortes pluies.
Il est difficile de mesurer la hauteur des arbres en raison de la densité de la végétation. Comme il n’est pas possible d’utiliser un clinomètre, nous utilisons une perche combinée à un mètre ruban.
L’audit de validation à Samana s’est déroulé du 27 juillet au 4 août, sans problèmes logistiques et en passant entre les gouttes des pluies de plus en plus fréquentes à cette période. Il avait dû être repoussé de mi-juin à fin juillet en raison du rachat d’EcoAct par Schneider Electric: Verra avait exigé une modification des documents du projet avant d’ouvrir la période de consultation publique préalable à tout audit (voici les documents: https://registry.verra.org/app/projectDetail/VCS/4870)
La mission a impliqué 14 personnes:
Les 2 auditeurs de la société Earthood et leur interprète
Les 2 consultantes de notre partenaire EcoAct
Le Directeur Exécutif de GUIDRE et son bras droit
Le directeur d’arboRise
Deux chauffeurs
L’équipe de terrain de GUIDRE constituée de 4 superviseureuses et 1 sylviculteur
Nepolion et Manish, les deux auditeurs d’Earthood ont visité 15 terrains choisis au hasard dans 7 villages et interviewé plus de 30 personnes: familles-terrains, familles-graines, chef du village, CGC, présidente de groupements féminins, représentants de la jeunesse, imam, etc.
Interviews dans les villages de Ballacondedou, Kamandou, Sogboro et Sokourala:
Interviews dans les villages de Kamandou, Sokourala, Sogboro et Ballacondedou
Les visites de terrains n’ont soulevé que peu de questions : la baseline a été jugée acceptable et la croissance des jeunes pousses (semées en 2024) plausible. En revanche, les réponses, parfois invraisemblables, de personnes interviewées ont suscité plus de discussions. Certains bénéficiaires, tellement impressionnés par cette situation pour eux inédite, ont littéralement paniqué comme lors d’un examen. D’autres n’avaient pas encore intériorisé tous les aspects du projet, ce qui est tout-à-fait normal puisque nous ne sommes à Samana que depuis 18 mois. Ces réponses hésitantes risquent de générer autant de « findings » du côté des auditeurs, mais c’est l’aspect humain de tout projet communautaire.
Sur un terrain à Farawanidou avec le propriétaire, l’équipe de GUIDRE et Margarita de EcoAct:
Suite à des incertitudes de financement nous avons dû repousser la date de l’Assemblée Générale de la Coopérative des familles-terrains de Linko de juin à fin juillet. Pendant ce laps de temps, le Crédit Rural de Guinée a rendu visite à chacune des 290 familles-terrains, dans son village respectif, pour lui ouvrir un compte bancaire sur lequel arboRise versera les premiers « crédits carbone ». Cette ouverture de compte a hélas généré des attentes et certaines familles-terrains se sont mêmes déjà endettées en prévision de ce versement (sans en connaître le montant…).
L’Assemblée Générale a finalement eu lieu le 31 juillet avec une forte participation, tous les coopérateurs étant impatients de recevoir leur premier versement. Leur déception a été à la hauteur de leurs attentes lorsqu’il a fallu leur expliquer que le versement ne pourrait pas avoir lieu immédiatement après l’Assemblée, comme prévu, à cause de retards de financement indépendants de notre volonté.
Un deuxième point critique a encore renforcé l’irritation: nous avions convenu avec l’Administration de la Coopérative de leur transférer les responsabilités et le budget pour l’organisation de l’Assemblée, ce qui n’a pas été fait par manque de communication.
Cette forte émotion collective était justifiée et prévisible. Pour l’éviter, nous aurions pu repousser une deuxième fois l’Assemblée et la déplacer en octobre après réception des financements. Mais il nous a semblé plus digne de confiance de nous exposer personnellement à la déception de nos bénéficiaires pour leur expliquer en personne les raisons du retard de paiement.
Suite à ces vifs échanges nous avons pu reprendre le cours de la présentation et expliquer posément à tous comment la répartition des revenus se fera. Les propositions de Comité Coopératif ont été acceptées à l’unanimité.
Ensuite nous avons réglé avec les cinq membres de l’Administration comment sera gérée l’Assemblée 2026.
Il est parfois reproché aux projets de reforestation de ne faire que déplacer le problème en provoquant de la déforestation sur d’autres terrains à proximité. Pour cette raison, ce phénomène appelé « leakage » (fuite), est mesuré précisément dans tout projet de certification carbone.
C’est dans ce contexte qu’arboRise, comme en 2024, a lancé un Design Project en collaboration avec l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL). Ce projet de recherche a été mené par Etienne de Labarrière et Aurélie Sakic, sous la supervision de Charlotte Grossiord, Tenure Track Associate Professor, du Plant Ecology Research Laboratory.
Dans la région du projet les cultivateurs pratiquent l’agriculture sur brûlis (slash and burn agriculture) : sur ces sols pauvres, les cultures provoquent rapidement une baisse de la fertilité qui nécessite la mise en jachère des terrains sur plusieurs années pour que le sol se régénère. Lorsque le sol est à nouveau fertile, la végétation qui a poussé sur le terrain est coupée puis brûlée pour que les cendres transmettent leurs sels minéraux aux nouvelles cultures. Et ainsi de suite.
Pourquoi les sols tropicaux sont-ils pauvres? la forte humidité et les températures élevées provoquent une décomposition rapide de la végétation morte. Le carbone présent par exemple dans les branches mortes s’échappe ainsi dans l’atmosphère sous forme de CO2 et n’a pas le temps d’être absorbé dans le sol, donc le sol manque de carbone organique. D’autre part les fortes pluies lessivent le sol et en retirent l’azote et les sels minéraux.
Lorsque l’on se déplace dans la région de Linko il est frappant de constater que la couverture végétale ne dépasse généralement pas 20 mètres de hauteur. C’est un indice que l’ensemble du territoire est concerné par l’agriculture sur brûlis. En fait la plupart des « forêts » que l’on observe ne sont que de plus ou moins vieilles jachères. Tout le périmètre n’est qu’un immense champ à différent stade de culture/jachère et les vraies forêts naturelles sont rares.
Le défi de nos deux chercheureuses a été de mesurer les défrichements sur une très longue période, puisqu’un cycle de culture dure environ 15 ans (5 ans de culture, 10 ans de jachères). Le deuxième défi est que la durée du cycle de culture n’est pas homogène : il est plus court sur les terrains fertiles, par exemple dans les lits de rivières, et il dépend également de la main d’œuvre disponible, de la distance au village, etc.
Nos deux spécialistes ont commencé par identifier, sur les vues aériennes historiques de Google Earth, des parcelles qui passent d’un état boisé à un état cultivé.
Deux exemples de passage d’un stade de jachère à un stade de culture entre 2015 et 2021 :
On compare ensuite, pour les coordonnées de chaque parcelle, les valeurs de NDVI (Normalized Difference Vegetation Index, une mesure de la santé de la végétation) de l’année « boisée » et de l’année « cultivée », après avoir normalisé le NDVI annuel grâce à des zones neutres (villages, routes, etc.). On constate une différence de NDVI significative entre le les zones boisées et les zones cultivées ou en jachère. Il est ainsi possible de déterminer un niveau de NDVI au-delà duquel un terrain peut être considéré comme boisé et en-deçà duquel il est cultivé.
On peut ainsi, en détectant des baisses soudaines de NDVI, déterminer pour chaque année quels terrains ont été défrichés. Sur l’exemple ci-dessous, pour les années 2024-2025, on constate que la superficie défrichée en une seule année (en rouge) est très importante, ce qui confirme que la pratique de la culture sur brûlis est l’usage courant dans toute la région:
Ensuite, autre défi d’Aurélie et Etienne, il est nécessaire de délimiter les limites des villages. Car, si le projet arboRise provoque des déboisements, ce sera dans les villages du projet et pas dans les autres. Or il n’y a pas de cadastre dans ces communes rurales. Il n’existe pas de carte des frontières des villages. Nos deux chercheureuses ont donc formulé des hypothèses de travail :
Les parcelles du projet arboRise d’un village donné forment les contours d’un polygone qui, augmenté d’un buffer proportionnel à la population du village, représente les limites du village
Les frontières naturelles (rivières, bassins versants) ou anthropiques (routes) forment des limites aux villages
Ielles ont ainsi pu définir les frontières approximatives des villages :
On constate que ces délimitations fictives semblent correspondre à la réalité puisque les zones déforestées se conforment à ces limites, ici l’exemple du village de Massenadou :
Restait ensuite à calculer la tendance à la déforestation par village :
On observe une diminution de la déforestation dans les villages du Nord du périmètre alors que les défrichements s’accroissent dans les villages du Sud, indépendamment du fait qu’ils fassent partie du projet arboRise ou pas. Ceci est dû soit au microclimat, le Nord recevant plus de pluies que le Sud, soit à l’accroissement de la pression anthropique, le Nord, loin des infrastructures, se dépeuplant plus que le Sud. Ces variations Nord-Sud peuvent peut-être aussi être provoquées par le facteur de normalisation de NDVI, pris sur la moyenne des villages non-arboRise.
Ces données permettent finalement de se confronter à la question initiale : y a-t-il une augmentation de la déforestation dans les villages arboRise à cause du projet arboRise ?
Les deux scientifiques ont comparé d’une part le taux de déforestation dans les villages du projet avant et après le début des activités et d’autre part le taux de déforestation dès le début du projet entre les villages arboRise et les villages non-arboRise. Dans les deux cas ils ne constatent pas de variation significative de la déforestation.
Bien entendu il sera nécessaire de répéter cette analyse ces prochaines années. Il faudra également accroitre la précision de la mesure. En effet, seules les familles-terrains participant au projet arboRise pourraient être, indirectement, contraintes par le projet à accroître leurs défrichements. Pour cette analyse fine nous devrons au préalable délimiter manuellement l’ensemble des parcelles des familles-terrain du projet pour vérifier si, dans ces périmètres spécifiques, la déforestation augmente significativement. Et enfin il faudra prouver la causalité.
Pour le projet arboRise la méthode adoptée par nos deux chercheureuses est pertinente, même si elle peut encore être affinée (choix du seuil NDVI, source des données et période analysée, normalisation du NDVI, etc.). Il est ainsi possible de vérifier année après année les éventuels effets collatéraux du projet, pour leur trouver des solutions (apport de bio-fertilisants pour accroître la durée des cultures, fourniture d’outils pour augmenter la productivité agricole et réduire l’empreinte au sol de l’agriculture, choix de semences, etc.).
Merci infiniment à Etienne de Labarrière et Aurélie Sakic pour leur contribution majeure à notre meilleure connaissance du phénomène de la déforestation ! L’intégralité de leur rapport est disponible ici.
Les autorités de la sous-préfecture de Linko nous ont demandé un appui pour les aider à détecter les feux de brousse et ainsi faciliter l’extinction d’incendies non-maîtrisés. Comme en 2024, nous avons lancé un Design Project en collaboration avec l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), mené par Elena Thomas, sous la supervision d’Alexis Berne, Associate Professor, Environmental Remote Sensing Laboratory.
Les technologies de télédétection utilisées par arboRise jusqu’ici, basées sur le satellite Sentinel 2, ne permettaient pas d’identifier tous les départs de feux, et de loin, à cause de la longue période de révolution du satellite (5 jours). Quant aux autres systèmes d’alerte (Global Forest Watch, Fire Alert de Plant for the Planet) leur résolution était trop imprécise.
Pour pallier ces défauts, notre chercheuse a opté pour une approche innovante : mesurer les superficies brûlées plutôt que les départs de feux. Sur la base des images Google Earth de 2024, sur lesquelles les surfaces brûlées sont très clairement visibles, Elena est parvenue à entraîner un logiciel permettant de reconnaître des zones touchées par les feux pour chaque année, en utilisant des techniques d’Intelligence Artificielle.
Vues aériennes de surfaces brûlées :
Zones d’entraînement du modèle :
Etapes de classification pour la zone A:
Matrice de confusion pour comparer la vérité terrain et la prédiction par le modèle :
On obtient ainsi une précision de détection de 93% et Le modèle permet de cartographier les surfaces brûlées (en rouge) chaque année sur la zone du projet:
Ces images presque incroyables au vu de la surface immense des zones brûlées confirment que le feu est l’un des outils principaux des cultivateurs et éleveurs :
Pour éliminer les mauvaises herbes (à la place d’herbicides chimiques)
Pour favoriser la pousse d’herbe fraîches pour nourrir le bétail en saison sèche
Pour rabattre le gibier lors de la chasse
Pour défricher des jachères et fertiliser les nouveaux champs (sans fertilisant chimique)
Pour enfumer les terriers de rongeurs et les éliminer
Pour les travaux d’apiculture
etc.
Il faut rappeler ici que les feux préventifs sont recommandés par l’Etat guinéen, comme dans la plupart des pays voisins, après la saison des pluies, pour empêcher la formation de stocks de matière combustible qui pourraient provoquer des incendies dévastateurs. Pour la plupart, les feux sont bien maîtrisés, mais il arrive qu’ils échappent au contrôle de leur auteur, et c’est pour cela qu’un système de télédétection est utile.
Dans la perspective du projet arboRise il est intéressant de noter que la superficie brûlée a diminué depuis le début de nos activités à Linko : 41.5% en 2019-2020 et 38.6% depuis 2021 (- 7.5%), ce qui est peut-être dû à nos mesures de sensibilisation et d’incitation dans les villages.
L’analyse permet également d’identifier les surfaces brûlées chaque année de manière récurrente (ci-dessous à gauche – on constate que les feux récurrents correspondent aux lits des cours d’eau) et de les comparer avec les zones fortement reboisées par arboRise (image de droite):
Croisement des deux images ci-dessus:
Sur cette base il est possible d’identifier les emplacements optimaux pour un système de télédétection :
En effet, la comparaison détaillée, par Elena, de plusieurs types de systèmes de télédétection (drone, ballon sonde, caméra thermique, caméra optique, etc.) a montré qu’un réseau de caméras optiques montées sur des mats serait l’option la plus pertinente, pour un coût d’environ 1000 CHF par unité. Une unité permettant de détecter les feux 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, de jour comme de nuit, sans maintenance humaine et sur une superficie de 8 km2.
Ces résultats sont extrêmement utiles pour arboRise et nous exprimons nos très vifs remerciements à Elena Thomas pour son engagement passionné dans ce projet de recherche et ses résultats innovants. Le rapport final est disponible iciet nous ne manqueront pas de le partager avec les autorités de Linko et le service des Eaux et Forêts.