Semis direct en Suisse

direktsaat direct sowing semis direct

Planter des arbres en semi direct en Suisse, est-ce possible ? C’est ce que nous avons voulu découvrir dans le cadre de l’opération « tout est possible » que nous avions initiée en décembre 2021. Souvenez-vous: nous cherchions, comme en Guinée, plusieurs « familles-terrain » intéressées à mettre une parcelle à disposition pour un reboisement, et plusieurs « familles-graines » prêtes à récolter des semences forestières pour les essaimer sur ces parcelles.

Après la constitution des groupes et de nombreux échanges tout au long de l’année, pour étudier les terrains mis à disposition, tenir compte des attentes de leurs propriétaires, et établir une marche-à-suivre pour la récolte de graines, les récoltes ont pu commencer au mois de septembre. Chaque « famille-graines » s’est chargée de rassembler les graines des espèces d’arbres choisies pour un terrain précis.

Et nous nous sommes retrouvé tous ensemble ce samedi 29 octobre pour essaimer toutes les graines sur le terrain d’Herbolaria à La Rippe ! 

Marquer l’espace reboisé a été notre première étape, pour éviter que les jeunes plants ne soient coupés par inadvertance lors des travaux agricoles. Nous avons visualisé la limite extérieure de la surface reboisée avec une barrière légère sur 80 mètres. L’objectif visé était la constitution d’une haie forestière protectrice d’environ un mètre de large sur la partie Nord du terrain. 

barrière fence  sperre fence sperre barrière couper le ruban

Ensuite, l’ensemencement proprement dit a pu commencer: chacun.e s’est muni d’une ou de plusieurs espèces de graines et d’un petit grattoir. En effet, pour éviter la prédation par les oiseaux, chaque graine a été semée dans un petit poquet (trou) puis recouverte de terre. Heureusement que la terre avait été fraichement labourée, cela a grandement facilité l’essaimage ! Nous avions environ 600 noisetiers de Byzance, 300 graines de houx, 200 semences de sureau, 150 châtaignes, 50 noix, 400 glands, 200 samares d’érable, et un mélange de 400 noyaux de pêcher et d’abricotier. Donc environ 2300 graines à répartir sur 4 lignes parallèles sur les 80 métres de longueur de la bordure Nord du terrain. Un sacré travail! Heureusement, le temps était très agréable et l’ambiance conviviale.

graines seeds samen semi direct direct seeding drirektsaat direktsaat direct sowing semis direct

C’est avec satisfaction que nous avons repris des forces autour d’une succulente soupe à la courge!

soupe suppe soup

Merci à Odile, Anne, Garance, Chantal et Philippe pour votre belle énergie et votre endurance lors de cette journée mémorable. Rendez-vous au printemps 2023 pour admirer les premières pousses et mesurer l’impact du semi direct !

3ème place au Prix Diaspora de la Fedevaco

Prix Diaspora pour arboRise

ArboRise obtient la 3ème place au Prix Diaspora de la Fedevaco ! 

Le prix vaudois Diaspora et Développement est une initiative de la Fédération vaudoise de coopération qui a pour objectif de valoriser l’implication des diasporas du canton dans le développement de leurs pays d’origine. Grâce à ce prix qui a lieu tous les deux ans, la Fedevaco entend accroitre l’impact des diasporas dans leurs pays d’origine comme d’accueil et renforcer leur positionnement en tant qu’acteurs de la coopération et du développement durable.

Puisque notre vice-présidente, Mariame Camara, est originaire de Guinée, il nous a semblé pertinent qu’arboRise soumette sa candidature, qui a été retenue par la Fedevaco (voir la publication du 20 octobre 2021). Nous avons ainsi pu suivre les sept modules de formation de grande qualité et développer en parallèle notre projet de développement, dont voici le résumé (le document est disponible sur demande):

En Afrique subsaharienne la plupart des familles urbaines utilisent du charbon pour cuisiner. Les nuisances sont importantes pour elles et les coûts récurrents élevés. Au niveau global, transformer des arbres en charbon est un facteur de déforestation important et augmente le réchauffement climatique.

Comme solution de substitution nous préconisons le biogaz, qui fonctionne comme un estomac de vache : on introduit des déchets végétaux dans une cuve étanche – le biodigesteur – qui les transforme en méthane, utilisé pour cuisiner à la place du charbon. Le liquide qui reste – le digestat – est un excellent fertilisant, utile également en pisciculture. Quelques kilos de déchets par jour assurent l’autosuffisance d’une famille. Elle économise ainsi les coûts d’achat des sacs de charbon, qui représentent environ 10% de ses charges annuelles.

Notre projet vise à développer une petite unité de production de biodigesteurs domestiques à Conakry avec un technicien formé au Burkina Faso, pour vendre cet équipement aux familles de la périphérie de la ville, qui cuisinent dans une cour à ciel ouvert et ont accès à des déchets végétaux. La production d’un biodigesteur coûte CHF 125.-/pièce et sera totalement made in Guinea.

Une démonstratrice présentera les avantages de notre solution lors de réunions d’associations de femmes dans chaque quartier. Chaque ménagère intéressée pourra, après deux semaines de test, acquérir le biodigesteur avec un système de paiements échelonnés. En 18 mois elle sera propriétaire et économisera ensuite les coûts d’achat du charbon.

En plus de recycler les déchets végétaux (chutes de maraîchage), notre technique fournira également de l’engrais bio aux agriculteurs de la périphérie de Conakry, tout en réduisant la déforestation.

Nous commençons cette année par une phase pilote pour vérifier la faisabilité et sentir la réaction du marché. Nous avons besoin de CHF 6’000.- pour préfinancer les 50 premiers biodigesteurs. 

Concourant dans la catégories des projets d’économie sociale et solidaire, notre projet de biodigesteur domestique a été choisi par le Jury du Prix Diaspora pour sa simplicité et sa contribution écologique.

Prix Diaspora

Cette distinction nous honore et nous remercions chaleureusement la Fedevaco pour l’organisation de ce Prix. Outre les enseignements tirés du cursus de formation il nous a également permis de rencontrer de belles personnes. La passion et l’engagement de l’ensemble des 14 porteurs et porteuses de projet doivent être salués ici. Nos félicitations également aux 3 autres lauréats !

 

Premiers résultats de l’expérience sur les boulettes de graines

Prétraitements pretreatments Behandlung

Résultats préliminaires de notre expérience scientifique (voir la publication du 15 août 2022)

Organiser la récolte des graines forestières nécessite de connaître les périodes de fructification de chaque espèce. Nous recommandons d’établir un calendrier de récolte selon le modèle du tableau ci-dessous, résultat de nos enquêtes sur le terrain, combiné avec les ressources en ligne [1]. Les périodes de récolte idéales figurent en vert (orange : début possible et fin de récolte). Elles correspondent aux conditions écosystémiques et climatiques de la sous-préfecture de Linko. Cet aperçu des périodes de maturité nous a permis de constituer trois groupes d’espèces, pour augmenter l’efficacité de la récolte.

Calendrier de récolte

Pour optimiser le taux de germination avec la méthode des seedballs en semi-direct, nous avons ensuite analysé quatre caractéristiques de nos 40 espèces : la dormance et les prétraitements requis pour la lever [2], le mode de propagation, le poids des graines et la tolérance à la dessication.

dormance dormancy Dormanz

La dormance pouvant avoir un impact sur le taux de germination de notre expérience, nous avons recensé le type de dormance [3] de chaque espèce selon la littérature scientifique [4]. Puis, pour déterminer le type de prétraitement à administrer à chaque espèce pour lever la dormance, nous avons consulté les recommandations pratiques du Centre National de Semences Forestières de Ouagadougou, qui fait autorité en la matière en Afrique de l’Ouest. On observe, dans le tableau ci-dessus, peu de correspondances entre la source scientifique et l’expérience des praticiens.

Sur le graphique ci-dessous, qui représente les 40 espèces classées par période de maturité des graines, et le niveau d’intensité des prétraitements recommandés par les praticiens, on constate (traitillés rouges) que les espèces arrivant à maturité en saison sèche (novembre-avril, sur la gauche du graphique) ont plus souvent besoin d’un prétraitement pour lever leur dormance que celles arrivant à maturité avant l’arrivée des pluies. Les 17 espèces de saison sèche ont une intensité de prétraitement de 4,8 alors qu’elle est 2,9 de pour les 23 espèces de saison humide. Cela semble logique puisqu’une germination en saison sèche engendrerait un taux de mortalité élevé pour les graines de ces espèces précoces : c’est pourquoi celles-ci disposent plus fréquemment de mécanismes de dormance.

Prétraitements pretreatments Behandlung

Dans notre expérience, nous avons appliqué les prétraitements requis aux groupes-tests 1 et 3 pour mesurer l’impact de la dormance et de sa levée sur le taux de germination. Notre hypothèse était que l’enrobage pourrait inhiber la levée de la dormance (pour les espèces à dormance physique) ou la retarder (pour les espèces à dormance physiologique).

Le mode de propagation des graines, dans le tableau ci-dessous, vient confirmer notre observation que les espèces adoptent des stratégies de reproduction différentes, suivant qu’elles arrivent à maturité à la saison sèche ou à la saison des pluies : dans le groupe des 17 espèces de saison sèche 7 espèces sont anémochores et 6 espèces sont zoochores, alors que la proportion des zoochores est significativement plus élevée parmi les espèces qui arrivent à maturation à la saison humide :

Anémochores Zoochores Barochores Autochores
Maturité en saison sèche 41% 35% 18% 6%
Maturité à la saison des pluies 22% 61% 9% 8%

Il semble ainsi que les espèces de saison sèche s’appuient plus volontiers sur les éléments naturels (vent, gravité) pour leur dissémination. A l’inverse les espèces de saison des pluies utilisent plutôt les animaux, peut-être parce que ceux-ci, protégés par la couverture végétale de la saison humide, parcourent de plus grandes distances à cette période de l’année. Cette propagation zoochore de la moitié des 40 espèces sélectionnées par arboRise pourrait, à terme, renforcer naturellement l’action de reforestation d’arboRise (d’autant plus que le projet arboRise vise, à long terme, à établir un corridor forestier favorable aux déplacements de la faune entre les parcs nationaux du Haut-Niger en Guinée et de la Comoé en Côte d’Ivoire).

Le nombre de graines par kilo, et donc le poids moyen par graine ne présente pas de surprise : les graines disséminées par le vent (anémochores) et autopropulsées par explosion (autochores) sont les plus légères, alors que les graines propagées par la faune (zoochores) ou la gravité (barochores) sont les plus lourdes en moyenne :

Anémochores Zoochores Barochores Autochores
Nombre de graines par kilo 7600 2470 [5] 3410 10833
Poids moyen par graine 0,13 gr 0,40 gr 0,29 gr 0,09 gr

Le poids par graine a également son importance en ce qui concerne le processus de confection des boulettes de graines, puisque les graines lourdes sont plus faciles à manier.

Plus fondamentalement ces observations soulèvent plusieurs questions subsidiaires :

  • Quels types de graines se prêtent-ils le mieux au semi-direct ? On pourrait formuler l’hypothèse (2) que les espèces anémochores, barochores et autochores, qui se propagent naturellement par le vent, la gravité ou par explosion, sont mieux adaptées au semi-direct, que les espèces zoochores qui requièrent parfois le passage par le transit intestinal de l’animal qui les transporte.
  • A quel type de graines l’enrobage dans des boulettes d’argile et de charbon de bois profite le plus ? Ici on peut formuler l’hypothèse (3) que l’enrobage est nuisible aux espèces zoochores à dormance physique, qui sont destinées à être avalées et excrétées, alors que les autres espèces sont le plus souvent consommées et profiteraient plus de la protection d’une boulette.

Notre publication du 30 octobre répondra à ces questions et présentera tous les résultats finaux de l’expérience !

 

[1] https://www.prota4u.org/database/ ; https://worldagroforestry.org/ ; https://tropical.theferns.info/

[2] Selon les consignes du Centre National de Semences Forestières de Ouagadougou

[3] Légende : ND = non dormant ; PD = dormance physiologique ; MPD = dormance morphologique ; PY = dormance physique 

[4] Baskin C., Baskin J: Seeds – Ecology, Biogeography, and, Evolution of Dormancy and Germination 2nd Edition, Academic Press, 2014.

[5] 2470 graines en moyenne, si on exclut Milicia excelsea (475’000 graines par kilo) et Ficus vallis-choudae (100’000 graines par kilo)

Expérimentation sur les boulettes de graines

expérience boulettes seedballs experience Samenbälle Forschung

La reforestation est l’un des principaux leviers contrer le réchauffement climatique. Pour être durables, les projets de reforestation doivent répondre aux besoins des communautés locales et travailler avec – et non contre – la nature. Et pour être économes, ils doivent utiliser les ressources locales – en particulier les graines – et minimiser la complexité du processus de reboisement. Le semis direct avec des boulettes de graines est une solution qui répond à ces deux exigences. Mais quel est le taux de germination avec les boulettes de graines? Nous avons voulu le découvrir.

Pour les espèces tropicales, le taux de germination moyen en semis direct est de 38 % et le taux d’établissement de 17 %[1]. Les performances d’établissement peuvent être améliorées en protégeant les graines contre les prédateurs naturels. C’est ce que fait la technique des seedballs[2]. L’enrobage des graines avec un mélange naturel d’argile et de charbon de bois peut éviter jusqu’à 30% de pertes dues aux rongeurs, aux oiseaux et aux parasites. Les boules de graines sont actuellement utilisées dans la reforestation au Kenya et en Côte d’Ivoire[3], mais les performances de la technique des boulettes de graines n’ont jamais été mesurées scientifiquement jusqu’à présent pour les espèces d’arbres africaines. La plupart des expériences scientifiques[4] impliquant des seedballs visent les cultures comme le blé, etc. et non les arbres. Avec le soutien du Research Challenge de ETH for Development, nous avons voulu combler ce vide scientifique en comparant le taux de germination avec et sans la technique des seedballs. En effet, selon nos statuts, arboRise s’est donnée pour une mission d' »expérimenter des méthodes de reforestation naturelle qui renforcent la biodiversité et de partager les résultats de ces expériences »

Méthode d’expérimentation

L’objectif consiste à vérifier la validité de l’hypothèse (1), selon laquelle la méthode des « seedballs »[5] a un impact positif sur le taux de germination de 40 essences forestières tropicales de la région de Linko en Guinée. On évalue également l’impact d’un prétraitement pour lever la dormance.

L’expérimentation sur le terrain a été menée par notre partenaire local, l’ONG GUIDRE (Guinée Développement Rural et Environnement) de Faranah. Monsieur Pépé Philippe Kpogomou, ingénieur agronome et Directeur Préfectoral de l’Environnement, des Eaux et Forêts à Kérouané puis à Faranah a supervisé tous les travaux et la mise en œuvre.

L’expérience a été structurée comme suit:

  • Un terrain d’expérimentation d’environ 1 hectare a été identifié à Linko, défriché, puis entouré d’une barrière de 220m, pour empêcher le bétail de brouter les pousses

barrière protectrice protection fence Schutzbarriere

  • A l’issue de la récolte dans chaque groupe de villages, 800 graines de chacune des espèces ont été prélevées. Les graines du premier et du deuxième groupe ont été stockées en sachets plastiques hermétiques d’ici à la récolte des graines du troisième groupe. Puis toutes les graines ont été amenées à Linko pour le prétraitement.
  • Du 11 au 13 mai 2022, les 800 graines par espèce ont été traitées comme suit:
    • Groupe Contrôle: 200 graines de chacune des 40 espèces, sans aucun prétraitement ni enrobage (graines « nues »)
    • Groupe Test 1: 200 graines de chacune des 40 espèces, avec prétraitement pour lever la dormance[6]
    • Groupe Test 2: 200 graines de chacune des 40 espèces, sans aucun prétraitement mais avec enrobage du mélange argile/charbon
    • Groupe Test 3: 200 graines de chacune des 40 espèces, avec prétraitement pour lever la dormance et avec enrobage du mélange argile/charbon

semi au cordeau

  • Puis, le 14 mai 2022, les groupes de 200 graines ont été semés au cordeau et avec des poquets avec un espacement de 25cm entre chaque graine et 50cm entre chaque ligne. Chaque bloc d’une espèce est séparé du bloc de l’espèce suivante de 50cm. Chaque bloc est identifié par un panneau distinct.

Périmètre d'expérimentation

  • Le taux de germination de chaque ligne a été mesuré (les pousses ont été comptées) une première fois les 18-19 juillet 2022 puis une nouvelle fois les 15-16 août 2022.

Les résultats de l’expérimentation sont en cours d’analyse et seront publiés très prochainement. Merci à ETH4D pour son soutien financier et à toute l’équipe de GUIDRE pour sa capacité à relever les défis du terrain !

 

[1] NurseryToForest Solutions; Grossnickle, S.; Ivetić, V.; University of Belgrade – Faculty of Forestry Direct Seeding in Reforestation – A Field Performance Review. REFOR 2017, 94–142, doi:10.21750/REFOR.4.07.46.

[2] Madsen, M.D.; Davies, K.W.; Boyd, C.S.; Kerby, J.D.; Svejcar, T.J. Emerging Seed Enhancement Technologies for Overcoming Barriers to Restoration: Emerging Seed Enhancement Technologies. Restor Ecol 2016, 24, S77–S84, doi:10.1111/rec.12332.

[3] www.seedballskenya.com , http://www.seedballsci.com/

[4] Gornish, E.; Arnold, H.; Fehmi, J. Review of Seed Pelletizing Strategies for Arid Land Restoration. Restor Ecol 2019, 27, 1206–1211, doi:10.1111/rec.13045.

[5] https://en.wikipedia.org/wiki/Seed_ball

[6] Selon les consignes tirées du catalogue de semences du Centre National de Semences Forestières de Ouagadougou

 

« Le périmètre de Kamsé »

le périmètre de Kamsé

arboRise présente le film « le périmètre de Kamsé » pour nourrir la discussion au sujet des projets reboisement.

Dans le contexte du changement climatique, les nouvelles sont souvent déprimantes et il y a beaucoup d’idées reçues:

  • …sur la reforestation: ça ne serait pas durable, ce serait du greenwashing, ça nuirait aux populations locales, etc.
  • …sur l’Afrique également: croyance en l’impossibilité de monter des projets, préjugés négatifs sur la mentalité africaine, idéalisation du paysan africain etc.

Il est d’autant plus important de parler des projets qui fonctionnent, pour corriger les préjugés. C’est pourquoi arboRise a souhaité partager « le périmètre de Kamsé« , film d’Olivier Zuchuat, un réalisateur suisse romand, avec le public de La Ferme des Tilleul. Ce film documentaire montre une image assez proche de la réalité que nous aussi nous observons en Guinée. On y voit une forme de soulèvement populaire pour la reforestation, et chez arboRISE le soulèvement ça nous parle.

A l’issue de la soirée, avec un public transporté dans la réalité sahélienne, on peut retenir qu’il y a des projets de reforestation qui fonctionnent en Afrique, chacun adapté à son contexte. Il n’y a pas besoin d’immenses moyens pour financer l’impulsion initiale et créer un cercle vertueux. C’est ce que démontre arboRise depuis 2021.

Exploration et prospection

Prospection dans la Préfecture de Beyla

Puisque la mise en œuvre de notre action dans la région de Linko se déroule bien, nous envisageons d’étendre notre projet à la Préfecture de Beyla voisine. C’est pourquoi nous entamons une prospection sur le terrain de deux jours, pour vérifier que les conditions sociales et environnementales sont semblables à la sous-préfecture de Linko et que notre méthode pourra y être appliquée de la même façon.

Notre reconnaissance doit nous mener jusqu’au chef-lieu de la sous-préfecture de Karala. Sur cette carte, on distingue la frontière ivoirienne au Nord-Est, par contre, même sans obstacles, on peut facilement tripler l’horaire indiqué par Google Maps:

route Linko-Karala

Mais notre parcours, lui, est semé d’embûches, qui commencent pas un tronc au travers de la route, suite au violent orage de la nuit précédente:

tronc en travers de la route  

Ensuite nous franchissons la rivière Dion, un affluent du fleuve Niger.

Puis, juste avant la tombée de la nuit, notre véhicule refuse de continuer, et cela en pleine brousse! Il faut faire venir un mécanicien et un électricien depuis Samana (35 km) pour trouver l’origine de la panne. Ces deux messieurs sont non seulement des exemples d’orientation client mais surtout de véritables artistes de la réparation!

…A peine repartis, voici ce que nous rencontrons à 20 kilomètres de notre destination:

…heureusement, il a été possible de franchir la rivière à gué, et nous arrivons à Karala vers 23h00.

L’hospitalité n’est pas un vain mot en Guinée puisque M. le Maire, que nous avons probablement réveillé, nous ouvre tout de suite la Maison d’Accueil de la ville pour la nuit, où des chambres, que l’on peut qualifier de luxueuses, nous attendent.

Le lendemain matin nous expliquons notre démarche et la méthode arboRise au Sous-Préfet, au Maire et au responsable des Eaux et Forêts de la sous-préfecture de Karala, qui s’engagent à nous fournir une liste de villages potentiellement intéressés.

Le retour des confins de la Guinée (Karala est à 50km de la frontière ivoirienne) se passe bien et confirme l’adéquation de cette région à notre projet (mêmes types d’arbres, mêmes conditions de développement, etc.). On peut maintenant planifier un concept plus détaillé.

Juste avant Linko, un amortisseur nous lâche et les paysannes qui labouraient le champs d’à côté s’empressent de venir nous serrer la main, vive la gentillesse guinéenne !

C’est sur cette image fraternelle que s’achève notre mission de prospection.

Semer 2’500’000 de seedballs sur 500 hectares

Semis direct Direct seeding Direktsaat

Après l’enrobage des graines, quand les boulettes de graines sont sèches, on peut commencer l’ensemencement en semis direct.

Pour être plus efficace on fait cette activité en groupe: tout le monde se positionne sur l’un des côté du terrain à reboiser, sur deux lignes avec un espace de deux mètres entre chaque personne. Les personnes de la première ligne font chacune un petit trou devant elles avec la houe, puis avancent de deux grands pas et répètent l’opération. Les personnes de la ligne de derrière placent ensuite dans chaque poquet une boulette de graine et avance de deux grands pas jusqu’au poquet suivant. Et ainsi de suite jusqu’à l’autre bout du terrain.

ensemencement sowing saatwurf

De cette façon on obtient une densité de 5000 boulettes de graines diversifiées par hectare, dont environ 60% vont germer pendant la saison des pluies. Faire des poquets permets d’éliminer les adventices autour de la graine et de faciliter la pénétration des racines dans le sol. Cela empêche aussi la boulette de rouler hors du terrain lorsqu’une grande pluie ruisselle sur le terrain.

Grâce au semis direct toute la population peut participer facilement et cela crée un engouement collectif motivant pour tout le monde.

ça pousse !

taux de germination

Aujourd’hui, visite de 7 terrains ensemencés l’année passée pour mesurer le taux de germination et de survie. Suspense ! Les plantules auront-elles survécu à la sécheresse, aux herbivores, au feu et à la compétition des autres espèces?

Les observations sont très intéressantes et motivantes!

Premièrement, à cette époque de l’année, la végétation abondante rend difficile l’identification de « nos » pousses. Inutile donc d’utiliser des images aériennes avec notre drone, c’est du vert sur du vert. Sur l’un des terrains les pousses dépassent la taille humaine:

Deuxième observation, la régénération naturelle s’occupe aussi de nos terrains: de nombreuses graines présentes dans le sol ou amenées par les animaux ont aussi germé et il faut l’œil averti de notre partenaire Guidre pour compter les « bonnes » pousses. Heureusement avoir semé en ligne aide à repérer nos plants 🌱🪴

Troisièmement il y a d’immenses différences entre les parcelles, causées principalement par le feu et aussi la nature du terrain. Si la parcelle a été touchée par un feu de brousse, les plantules avec de trop courtes racines meurent alors que les autres font des rejets et peuvent survivre. C’est pourquoi nous avons, dès cette année, commencé à faire des poquets (petits trous dans le sol) avant d’y placer la boulette de graine, cela favorise la profondeur des racines. Sur les 7 terrains visités deux avaient un taux de survie pratiquement nul, alors que sur les cinq autres il atteignait entre 60% et 80% (sans compter la régénération naturelle !!!).

Quatrième constatation: ce sont surtout certaines espèces, pionnières, qui ont germé. Les graines des autres espèces attendront le moment propice, parfois pendant plusieurs années.

Cinquièmement: certains propriétaires ont décidé de leur plein gré d’enrichir la plantation avec d’autres espèces (hélas, souvent avec de l’anacarde).

Si on compte le nombre de tiges, toutes origines confondues (semis direct arboRise et régénération naturelle), nous obtenons grosso modo environ 10’000 tiges par hectare, soit 1 plant par mètre carré (ce qui est donc bien supérieur au 5000 boulettes de graines que nous semons sur chaque hectare). Cette densité est appelée à diminuer ces prochaines années, à cause de la compétition naturelle entre les arbres, jusqu’à atteindre environ 1000 arbres par hectares dans un horizon de vingt ans.

Au delà du taux de germination, c’est aussi la biodiversité à laquelle arboRise contribue, puisque nous facilitons la dispersion de notre mix de 40 espèces sur les terrains que nous ensemençons.

Formation des Comités de Gestion Communautaire

CGC Comités de Gestion Communautaire

Les formations des Comités de Gestion Communautaire ont commencé!

Pour rappel, dans chacun des 26 villages où arboRise mène ses activités de reboisement, nous avons formé un Comité de Gestion Communautaire de 15 à 17 membres (dont plusieurs femmes) dont la mission est le développement d’activités et d’infrastructures pour la population (dans tous les domaines: environnement, agriculture, santé, mobilité, etc.).

Pendant 2 jours nous accueillons 52 délégués (2 par CGC) des 26 villages à Linko. Ils y sont nourris et logés et reçoivent une formation très complète sur la bonne gouvernance, les bons comportements de leadership, la structuration de leur Comité et la constitution de haies-vives.

Lors de l’introduction officielle du séminaire le Sous-Préfet a livré un vibrant plaidoyer pour le projet et formulé des attentes très claires en particulier pour éliminer la pratique des brûlis (comme la loi guinéenne l’exige). Tous les discours officiels sont enregistrés par un journaliste et diffusé en intégralité plusieurs fois sur les ondes de la radio locale, ce qui permet d’expliquer notre démarche dans tous les villages qui n’y participent pas encore et de préparer le terrain pour l’avenir.

Chaque délégation va ensuite transmettre ces connaissances aux autres membres du Comité dans chaque village. Une première étape vers la pérennisation de notre action ! En effet, développer les compétences locales et renforcer l’autonomie des communautés est essentiel pour garantir un impact durable à notre action.

Les Comités de Gestion Communautaire forment aussi une plate-forme d’échange de bonnes pratiques: ils sont encouragés à identifier les bons exemples dans leur village et à partager ces modèles avec les CGC des autres villages. Ainsi on crée une émulation positive et une entraide réciproque au sein de toute la région, un souhait fréquemment exprimé par la population dans les interviews menés par Léa Ackerer en avril 2022.

Apprendre ensemble

Retour en Guinée pour clore notre campagne de reforestation 2021-2022 et en tirer les conclusions juste avant l’hivernage. Les pluies ont déjà commencé et le pays est un véritable paradis. La campagne est verdoyante, les manguiers croulent sous les fruits, les vêtements semblent encore plus colorés que d’habitude, et les arbres ne sont pas en reste, à l’image de ce magnifique flamboyant en fleurs:

flamboyant delonix regia

Avec notre partenaire Guidre nous commençons par une série d’ateliers où nous tirons les enseignements des six mois de campagne sur le terrain: qu’est-ce qui a bien fonctionné? qu’est-ce qui nous a surpris? quels ont été les obstacles? comment la population accueille-t-elle notre démarche? etc. En recoupant les perceptions de chacun avec les observations tirées des interviews de Léa Ackerer, nous obtenons une vision globale assez cohérente de notre impact et des potentiels d’amélioration.

Puis nous énumérons ensemble tous les risques de notre projet. L’intelligence collective permet de ne rien oublier et d’évaluer chaque menace à sa juste valeur (niveau d’impact, degré de probabilité). Et bien entendu, pour chaque risque nous identifions les mesures de prévention ou de mitigation.

Le prochain thème est la qualité de notre relation de partenariat, qui nous tient très à coeur ! Comme nos filtres culturels sont différents nous abordons la question sous l’angle du vécu et partageons les anecdotes significatives qui, d’un côté comme de l’autre, ont marqué notre perception les uns des autres, en bien comme en moins bien. Ce retour en arrière nous permet de nous projeter en avant et de formuler nos souhaits respectifs pour le renforcement de notre partenariat.

partenariat partnership partnerschaft

Nous terminons en mode ludique avec le jeu arboRise, pour constater que nos superviseurs sur le terrain connaissent à merveille tous les leviers de la prospérité et savent admirablement gérer leurs choix culturaux. Notre projet offre une alternative à la monoculture d’anacarde qui permet à la population de bénéficier des revenus des crédits carbone.

jeu game spiel

En conclusions: notre solide partenariat nous permet d’anticiper les risques et de simuler plusieurs scenarios pour ainsi optimiser notre impact environnemental et social.