Clé de répartition

délibération sur la clé de répartition

Quelle sera la bonne clé de répartition des futurs revenus carbone? c’est la question sur laquelle le Comité Coopératif s’est penché le 14 mai.

On se souvient que l’un des objectifs principaux de la Coopérative et de son Comité Coopératif, formé par des représentant.e.s de chaque village (en majorité des femmes) élu.e.s démocratiquement, est d’élaborer une clé de répartition des revenus carbone. En effet, ce n’est certainement pas à arboRise de définir comment ces revenus seront partagés entre les coopérateurs. Ce choix doit être fait par les premiers concernés, en fonction des traditions et des usages locaux.

Pour préparer cette discussion nous avions fait réfléchir les premiers concernés, les familles-terrains, lors de visites dans chaque village. 88% de tous les coopérateurs avaient participé à cette consultation, qui se rejoignaient sur le consensus suivant:

  • Le respect des règles de la coopérative par chaque coopérateur doit être récompensé proportionnellement à l’effort que coûte le respect de chaque règle. Par exemple certaines règles « coûteuses » (installation des pares-feux autour des terrains) doivent être mieux rémunérées que les règles simples (installation des rubalises pour signaler les terrains)
  • Bien sûr que ceux qui s’engagent beaucoup pour favoriser la croissance des arbres sur leurs terrains doivent être récompensés, mais il faut aussi donner un peu aux « non-méritants » car sinon ils risquent de quitter le projet
  • Il faut (très clairement) récompenser le résultat (la densité et la hauteur des arbres sur les terrains) et pas l’effort qui a été nécessaire pour obtenir ce résultat
  • Les facteurs extérieurs (infertilité du terrain, feux, etc.) ne sont pas à considérer comme des fatalités : c’est la responsabilité de la famille-terrain si elle a choisi un terrain peu propice ou si son terrain a été touché par des feux.

Puis, cette année, nous avons engagé les mesureuses pour évaluer la qualité de la maintenance des terrains reboisés et la croissance des arbres. Ainsi la performance de chaque terrain est connue de tous et toutes.

Le 14 mai nous avons fourni un cadre de réflexion pour le Comité Coopératif de la Coopérative pour faciliter la définition de la clé de répartition des revenus carbone. Attention ce n’est pas une décision mais une proposition qui sera soumise à l’approbation des familles-terrains lors de l’Assemblée Générale de la Coopérative.

Nous avons commencé par rappeler les résultats de l’ « exercice des bâches », en 2024 dans tous les villages, puis par exposer les résultats des mesureuses et des observations satellite. Chaque dimension (feux, respect des règles, croissance des arbres selon les résultats des mesureuses et des images satellites) est traduite par un système de points par terrain, qui, additionnés, fournit un résultat par famille-terrain, que l’on peut également analyser par village, etc.

Malgré la relative complexité du calcul de points et de la visualisation graphique, tous et toutes ont très bien compris le principe. 

Puis nous leur avons proposé de se concerter et de décider au sujet de deux points :

    1. Dans quelle mesure la clé de répartition doit-elle récompenser les méritants et pénaliser les « paresseux » (l’adjectif est des participants!) ? Nous leur avons bien expliqué qu’une clé de répartition trop extrême pourrait créer des différences très importantes entre les familles-terrains et conduire à des conflits. Suite à leur délibération les membres du comité coopératif ont décidé que la clé de répartition devait conduire à une faible différence entre méritants et moins méritants. Une sage décision
    2. Comment déterminer la part des revenus carbone allouée aux villages ? Là aussi, il faut tenir compte des désirs des familles-terrains de maximiser leur revenu mais aussi de l’impact positif qu’aura un montant pour la réalisation d’infrastructures collectives (ou sur d’éventuelles personnes jalouses, dans les villages). Le Comité Coopératif propose de faire voter un montant de 10% au profit des villages lors de l’AG.

Concertation sur la clé de répartition  Vote sur la proposition de clé de répartition

Les membres du Comité Coopératifs se concertent d’abord en groupes, puis restituent en plénum, et enfin votent à main levée.

Ce premier exercice de réflexion au sein du Comité Coopératif est un succès. Il montre qu’il est parfaitement possible de déléguer ce genre de responsabilités aux organes de la Coopérative. Les membres sont très conscients de leur responsabilité et un véritable dialogue a lieu (une délibération, selon les recommandation issues de la supervision éthique). Cette réflexion aura lieu chaque année, avant l’Assemblée Générale de la Coopérative. Au fil des réunions nous ajouterons des éléments de réflexion (par exemple nous n’avons pas proposé une discussion sur la pondération des dimensions feux/règles/croissance). Nous devrons particulièrement veiller à ce que les femmes du Comité Coopératif s’expriment plus longuement.

Visite de due diligence

Fréquemment les bailleurs potentiels désirent vérifier nos activités sur le terrain. C’est bien normal puisque l’investissement est important et nous apprécions beaucoup ces visites qui nous permettent de réévaluer en permanence la qualité de notre projet.

En mai nous avons accueilli les consultantes de la société Earthshot Labs, experte dans l’évaluation de la conformité et de l’intégrité de projects carbone basés sur la nature. Le programme d’audit était ambitieux puisque nous avons, avec elles, rencontré les communautés de 9 villages et évalué la croissance des arbres sur de très nombreux terrains. En parallèle, elles ont épluché tous les documents produits par nos partenaires South Pole et EcoAct, pour confronter ces données avec la réalité du terrain. Chaque interaction et observation suscite en général de nouvelles questions, toujours plus pointues et pertinentes, et la conclusion est toujours que rien ne remplace une visite sur le terrain.

Sur un terrain 2022 à Borohila, où les arbres ont bien grandi 😊

A Kofilakoro, juste après la danse d’accueil par les femmes du village

A Kofilakoro, étroitement encadrés par les enfants du village

« Photo de famille » après la visite de la forêt sacrée du village

Peer-group avec les femmes de Tiegbenna, pour aborder les questions de discrimination et de harcèlement

Notre sylvicultrice, Seny Balamou, mène la discussion avec les femmes et Ceci enregistre les réponses

Sur un terrain en présence de son propriétaire. Le chef superviseur traduit (il a appris l’anglais au Ghana)

Les femmes de Sokourala, fières de leur récolte de graines

A Faranwandou, devant la récolte des graines prêtes à être ensemencées.

Supervision éthique

supervision éthique

Conformément à l’engagement formulé sur notre site, nous avons mandaté le Centre Interdisciplinaire de Recherche en Ethique (CIRE) de l’Université de Lausanne pour jeter un regard critique sur notre action et identifier les points d’attention. L’approche interdisciplinaire du CIRE, qui rassemble des compétences en éthique de l’environnement, de la santé, de la formation ou encore du care, nous a convaincu. De par sa démarche contextualisée, le CIRE nous a semblé être l’institution susceptible de nous faire le plus progresser. Car, certes nous pensons faire les bonnes choses et les faire bien, mais on peut toujours faire mieux.

Le rapport du CIRE répond exactement à nos attentes. Nous sommes rassurés qu’aucune thématique nouvelle n’ait été relevée. Et nous nous engageons à trouver des solutions sur les problématiques soulevées :
• Nous aborderons ultérieurement dans ces actualités les points d’attention liés aux crédits carbone et à la sélection des investisseurs auxquels nous les vendrons.
• Sur l’aspect de la promotion des femmes nous sommes conscients qu’il reste encore beaucoup à faire. Du renforcement des groupements féminins existants à la formation des jeunes filles, en passant par la sauvegarde des savoirs sylvicoles détenus par les anciennes, les thématiques sont multiples. Nous voulons aussi mieux mobiliser les compétences de notre partenaire GUIDRE qui maîtrise parfaitement les formations destinées aux femmes (alphabétisation, soins liés à la maternité, prévention de l’excision, etc.). Lors de notre dernière visite à Damaro nous y avons fait la connaissance d’une autre ONG, partenaire de GUIDRE, qui soutient le développement des maraîchages féminins, avec laquelle nous avons hâte de collaborer. Bref, le champ des possibles est presque infini. A nous de l’exploiter, dans le cadre de nos statuts.
• Les questions de la rémunération des familles-graines seront abordées en juin, lors de la première répartition des « revenus carbone » dans la sous-préfecture de Linko. Nous veillerons à ce qu’une part de ces revenus soit consacrées aux familles-graines et aux communautés villageoises. Et ceci fera l’objet de délibérations au sein du Comité Coopératif (constitué, on s’en souvient, en majorité de femmes). Pour les superviseurs, notre ambition est de sécuriser au maximum leur emploi, au moins pendant les trois ans de la phase de plantation. Après avoir commencé tout au début par des contrats de 6 mois, puis de 10 mois, ielles ont désormais des contrats de 12 mois. Maintenant nous cherchons des solutions pour leur garantir également de véritables prestations sociales. Nous payons depuis le début des montants pour résoudre les situations de maladie et pour financer leur prévoyance, mais nous souhaitons une gestion de ces assurances accident/maladie respectivement caisse de retraite par des organismes spécialisés.
• La tension entre le consentement libre et éclairé et la pression sociale liée à la constitution de la Coopérative est complexe. Le but de toutes les institutions de gouvernance des biens communs telles que suggérées par Elinor Ostrom est justement d’introduire des règles, et donc des contraintes, pour mieux gérer le bien commun. Et il est vrai que cela exerce une pression sociale. Où est la limite entre la pression du groupe (et les avantages liés à l’union des forces) et la coercition ? Comment garantir que cette pression sociale ne s’exerce pas au détriment des plus faibles ? Sur cette question, la délibération, préconisée par le CIRE, est certainement le meilleur instrument pour faire ressortir d’éventuelles doléances liées au « trop de pression du groupe ».
Merci infiniment à Nicola Banwell pour tous les échanges inspirants et pour ce rapport très utile, reflétant la perspective éthique occidentale. La prochaine supervision éthique sera à coup sûr guinéenne !

Les mesureuses en action

Mesureuses en action

A Linko les familles-graines se transforment en « mesureuses ». Le cycle de plantation de trois ans est arrivé à son terme en 2024 et il n’est plus nécessaire de récolter des graines pour ensemencer de nouveaux terrains à Linko. Pour conserver le lien qui nous unit aux 370 familles-graines (principalement des femmes), nous leur avons proposé d’adopter un nouveau rôle, tout aussi essentiel, celui de « mesureuses ».

En effet, il est capital de connaître chaque année l’état de chacune des 840 parcelles reboisées depuis 2021. Ainsi ce seront les mesureuses qui visiteront les parcelles pour évaluer la croissance des arbres et vérifier leur bon entretien par les familles-terrains.

Dans chaque village nous avons constitué des binômes de mesureuses, chargées de la visite de 5 à 7 terrains dans un village proche (pour éviter toute forme de pression sociale). En tout, 187 binômes pour les 840 terrains du projet. Puisqu’ielles (il y a aussi des hommes parmi les familles-graines – et nous avons bien-sûr veillé à ce que les binômes ne soient pas mixtes) sont analphabètes à 99%, chaque binôme sera accompagné par un « guide » local, issu des Comités de Gestion Communautaire de chaque village, sachant utiliser un smartphone.

formation des guides  formation des guides à Linko

Dans chacun de nos 26 villages, nos superviseurs ont donc identifié une personne sachant maîtriser un smartphone. Ces personnes doivent être formées à l’application de géolocalisation QField et à la saisie de données dans un questionnaire en ligne. Mais lorsque la formation a eu lieu avec les 26 personnes, nous nous sommes aperçus que toutes ne disposaient pas d’un smartphone… Nous avons dû acheter 19 smartphones. Puis nous avons remarqué que leur maîtrise du smartphone se limitait à téléphoner et visionner des vidéos… Ce sont les aléas du terrain ! Au final, seuls 5 sur les 26 pouvaient véritablement servir de guides pour les mesureuses. Il a donc fallu trouver d’autres guides (sinon les 5 guides locaux en auraient pour 75 jours chacun). Nous les avons recrutés parmi les étudiant.e.s de l’ISAV qui étaient venus faire un stage sur notre projet en 2023. Puis il a fallu adapter le planning pour tenir compte des obligations de ces étudiant.e.s (remise des diplômes) et du ramadan (certains maris auraient pu être réticents à ce que leur femme joue leur rôle de mesureuse pendant le carême).

Les mesureuses ont commencé leurs visites début avril et l’ont terminé début mai, juste à temps pour préparer la réunion du comité coopératif avant l’Assemblée Générale des familles-terrains. 

Les 187 équipes de mesureuses et de mesureurs:

  • Ont visité 703 terrains
  • Ont parcouru plus de 650 kilomètres à pied dans les terrains
  • Ont mesuré 13’278 arbres du projet (inférieurs à 5m) et 5174 arbres déjà existants avant le projet (> 5m)
  • Ont évalué chaque fois: l’impact des feux, la qualité de l’entretien des terrains et les risques dus au bétail

C’est un travail de grande qualité pour une première tentative. Félicitations Mesdames et Messieurs ! Et merci, car cela permet au projet et aux familles-terrains de savoir exactement quelles parcelles sont bien (ou moins bien) entretenues et où les arbres poussent bien (ou moins bien). Ainsi il est facile de fournir des recommandations ciblées à chaque famille-terrain pour apporter les corrections nécessaires. Et en plus ces données correspondent aux images satellite !

8 mars – toutes soeurs

« En cette journée internationale des Droits des Femmes, célébrons la force, la résilience et la beauté de toutes les femmes ! Bonne fête à toutes les femmes de arboRise-Guidre ! #8Mars »

Seny Balamou, sylvicultrice de l’équipe Linko-Damaro

sororité

Notre projet ne serait rien sans toutes les femmes qui s’y engagent.

  • …comme récolteuses de graines,
  • …comme membres des Comités de Gestion Communautaires,
  • …comme déléguées de leur village dans le Comité Coopératif,
  • …comme mesureuses,
  • …comme superviseuses,
  • …comme sylvicultrices:

… des rôles multiples pour de multiples talents. MERCI Mesdames pour vos actions décisives !

Une lecture de référence en ce 8 mars: L’autre langue des femmes, de Léonora Miano.

L'autre langue des femmes

Et de trois !

Présentation à Diassodou

Diassodou, nous voici !

La campagne de reforestation 2025 vient de commencer avec dorénavant trois équipes de cinq personnes sur le terrain !

On se souvient qu’arboRise est actuellement présente dans deux régions :

  • A Linko – Damaro – Konsankoro (zone 1, en vert ci-dessous)
  • A Samana – Diassodou&Karala – Sokourala – Koumandou (zone 2, en bleu ci-dessous)

Trois zones

La planification de la zone 1 prévoit de reboiser 500 hectares par année. Etaler l’effort sur plusieurs années permettait de contenir les ressources nécessaires dans des limites raisonnables. L’inconvénient est que la séquestration de CO2 et donc les revenus carbone sont très faibles pendant de longues années.

Planification

C’est pour cela que nous avons opté pour un planning plus serré dans la zone 2, avec un deuxième cycle de plantation qui commence une année après le premier cycle. Ainsi, après avoir lancé le reboisement dans la sous-préfecture de Samana en 2024, nous lançons les opérations dans la sous-préfecture de Diassodou en 2025.

Comme avant l’ouverture de chaque sous-préfecture, nous avons procédé à une analyse détaillée du contexte de Diassodou : géographie humaine, zones protégées, couverture forestière et éligibilité, etc. Cette analyse nous permet de répartir l’effort de présentation du projet dans plusieurs groupes de villages. L’objectif de l’équipe de notre partenaire local GUIDRE, sur le terrain, est de présenter le projet à tous les villages de la région pour convaincre 25 villages de participer au projet.

groupes de villages

On voit ici la « photo de famille » après la présentation du projet aux autorités de la sous-préfecture de Diassodou:

présentation aux autorités

Puis l’équipe présente le projet dans toutes les communautés villageoises de la sous-préfecture, comme ici :

présentation au village signature convention village

Dans les villages qui décident rapidement de rejoindre le projet, l’équipe conclut les conventions avec les familles-graines et les familles-terrains intéressées. Et la délimitation des terrains peut avoir lieu.

convention famille-graine délimitation des parcelles

Audit de validation

audit de validation
Nous avons pu réaliser l’audit de validation de notre projet 😊 Pour l’équipe technique de South Pole, Nicolò, Tosca et Nele, c’est le couronnement de beaucoup d’efforts et de travail. Ce sont elleux qui ont rédigé le Project Description Document soumis à Gold Standard et audité ces derniers jours sur le terrain. Ce document décrit comment notre projet répond à toutes les exigences du standard de certification.
Avant de commencer l’audit, quelques journées de préparatifs ont été bienvenues, avec nos partenaires de South Pole et de GUIDRE. Notre objectif était de faciliter au maximum le travail des auditeurs en planifiant les activités avec les villages et en préparant les documents nécessaires. Bien entendu, comme avant un examen, c’était l’occasion de répéter ensemble les points forts de notre projet et d’anticiper d’éventuelles questions «pièges». Mais comme chacun sait, ce n’est pas juste avant un examen qu’il faut apprendre : il faut s’y prendre bien à l’avance, comme nous l’avons fait, consciencieusement, depuis trois ans.
approche à pied  approche en moto
Les terrains étant choisis aléatoirement, ils étaient peu accessibles, donc l’approche se faisait à moto et à pied
a proximité d'un village  le centre d'une placette de mesure
Le but était toujours la placette de mesure, au centre d’un rayon de 14,11m (625 m2) [40 placettes pour 500 ha]

Les deux auditeurs, Kuldeep et Manish, de la société Earthood, accompagnés de leur interprète, sont arrivés à Linko le soir du mardi 10 décembre et l’audit proprement dit s’est déroulé du 11 au 16. Ils avaient préalablement demandé à vérifier 48 documents du projet, comme par exemple les listes de participants aux formations, les comptes-rendus de la consultation des parties prenantes, etc.

Sur place, Kuldeep, l’auditeur responsable des aspects forestiers, s’est rendu sur 15 terrains choisis aléatoirement pour y vérifier les mesures de la baseline. Quant à Manish, responsable des aspects sociaux, il a interviewé plus de 50 personnes (familles graines, familles terrain, CGC, autorités, etc.) dans huit villages. Venant d’Inde il a bien sûr fallu assurer la traduction et répondre à leurs innombrables questions.

Diagnostic de la placette  Audit de la placette
 Mesure de la hauteur au clinomètre
Ama Diallo mesure la circonférence à hauteur de poitrine et Benoît Lelano mesure la hauteur avec le clinomètre.
 
Tant chez GUIDRE que chez South Pole il y a les acrobates pour mesurer la hauteur avec la perche graduée 🙂 
 
Tous les interviews des bénéficiaires se déroulent selon un protocole rigoureux et sont documentés.
Ensemble nous sommes également allés présenter le projet aux autorités de la sous-préfecture de Damaro, dans laquelle nous étendons nos activités dès 2025:
Présentation du projet aux chefs de village de Damaro
Au début les relations étaient relativement formelles, puis au fil du séjour, nous avons pu créer des liens plus personnels. Il faut dire que nous vivions tous les uns avec les autres 24h sur 24 dans un espace restreint, avec peu de moments seuls. Pas une seule tension malgré nos différences d’origines, de langues, de religions et de genres différents 😊
 
A gauche, notre cadre de vie pendant 5 jours. A droite: Nicolò et Edouard écaillent les poissons

Et alors ? avons-nous réussi l’examen ? Notre impression de cet audit de validation est bonne. Manish et Kuldeep ne nous ont communiqué que des améliorations mineures. Nous connaîtrons le résultat ces prochains mois. Les auditeurs et Gold Standard ont en effet la possibilité de procéder à trois « rounds » de questions-réponses, qui durent chaque fois environ 2 mois. Le verdict final tombera donc au plus tard en juin, avec très probablement, des demandes d’améliorations à apporter au projet d’ici aux audits suivants. Ceux-ci auront pour objectifs de vérifier que le projet continue à respecter les règles du standard et que les mesures dendrométriques sont réalisées dans les règles de l’art.

Mais pour l’instant toute l’équipe du projet mérite de vifs remerciements et un repos bienvenu.

Etablir les placettes de mesure

Visualiser le centre de la placette

Ce deuxième semestre est principalement consacré à l’établissement de placettes de mesure sur un échantillon représentatif de terrains. Ces placettes servirons à mesurer la croissance des arbres pendant 20 ans. Chaque placette est un cercle de 14,11 mètres de diamètre, dont il faut fixer le centre et baliser la circonférence.

fixer le centre de la placette Un rayon de 14,11 mètres

Pour garantir la représentativité nous estimons que 40 placettes de mesure par strate de 500 ha seront suffisantes pour réduire l’intervalle d’incertitude en dessous des valeurs cibles définies par le standard. La taille définitive de l’échantillon sera fixée en fonction de l’hétérogénéité de la végétation sur les terrains. C’est notre partenaire South Pole qui détermine aléatoirement l’emplacement des placettes (sur quels terrains et à quel endroit du terrain). South Pole a également créé un formulaire digital qui permet à l’équipe de GUIDRE d’envoyer directement les résultats des mesures à South Pole.

Coordonnées des placettes Formulaire Kobo

…car il ne s’agit pas uniquement d’établir la placette mais également de faire un relevé précis (espèce, circonférence, hauteur) de tous les arbres existants sur la placette avant le début de nos activités en 2021.

Numérotation des arbres  Marquage des arbres

En septembre et jusqu’à mi-octobre, l’équipe a dû faire face à des orages inhabituellement forts pour cette période de l’année (ce qui est confirmé par les relevés météo ainsi que par les médias : https://quoideneuf.info/article/cote-divoire-les-plus-fortes-quantites-de-pluies-en-aout-ont-ete-enregistrees-a-korhogo-odienne-et-man-sodexam

Motos dans l'eau

Comment partager les revenus ?

L’un des objectifs de la Coopérative, et le rôle principal du Comité Coopératif, est d’élaborer une clé de répartition des revenus carbone. En effet, ce n’est certainement pas à arboRise de définir comment ces revenus seront partagés entre les coopérateurs. Ce choix doit être fait par les premiers concernés, en fonction des traditions et des usages locaux.

Mais quels seront ces critères ? et comment les pondérer ? Doit-on tenir compte de l’effort et du mérite ou au contraire distribuer les revenus de manière uniforme ? La fatalité peut-elle être invoquée pour justifier certains résultats décevants ? etc.

Plutôt que de discuter de ces critères de manière abstraite, nous avons opté pour les jeux sérieux, plus efficaces. Concrètement, nous avons utilisé des bâches préimprimées sur lesquelles figuraient plusieurs cas de figure, comme ici où il s’agissait de répartir les revenus en fonction des aléas subis par les propriétaires des terrains :

bâche préimprimée

Chaque membre du comité coopératif disposait de 20 pièces de monnaie (symboliques) représentant les revenus carbone du projet et avait pour tâche de les répartir entre les 10 situations présentées sur la bâche, puis de commenter son choix devant ses pairs.

le comité coopératif  répartition - verteilung - sharing

Au fil de la journée un consensus s’est rapidement dégagé sur les principes de répartition des revenus carbone, par exemple :

  • Le respect des règles de la coopérative par chaque coopérateur doit être récompensé proportionnellement à l’effort que coûte le respect de chaque règle. Par exemple certaines règles « coûteuses » (installation des pares-feux autour des terrains) doivent être mieux rémunérées que les règles simples (installation des rubalises pour signaler les terrains)
  • Bien sûr que ceux qui s’engagent beaucoup pour favoriser la croissance des arbres sur leurs terrains doivent être récompensés, mais il faut aussi donner un peu aux « non-méritants » car sinon ils risquent de quitter le projet
  • Il faut (très clairement) récompenser le résultat (la densité et la hauteur des arbres sur les terrains) et pas l’effort qui a été nécessaire pour obtenir ce résultat
  • Les facteurs extérieurs (infertilité du terrain, feux, etc.) ne sont pas à considérer comme des fatalités : c’est la responsabilité de la famille-terrain si elle a choisi un terrain peu propice ou si son terrain a été touché par des feux.

Les jours suivants, nous avons répété le même exercice des bâches dans les 26 villages, à raison de 2 villages par jour, avec toutes les familles-terrains du village et en présence des 2 membres du comité coopératif du village. L’idée était de montrer aux familles-terrains la complexité de la tâche du Comité Coopératif, et cela a aussi permis d’exprimer tout haut ce que tout le monde pense tout bas : à la fin ce seront ceux qui auront des résultats qui recevront le plus de revenus carbone. Un autre enseignement, rassurant, est qu’il n’y a pas de véritables différences entre les villages : les choix de répartition sont assez homogènes.

Tout à la fin de l’exercice des bâches, nous avons demandé dans chaque village « quelle part de vos revenus carbone seriez-vous prêts à partager librement avec votre village ? ». La plupart des participant a indiqué être disposé à partager environ 10% de ses revenus carbone avec sa communauté. Avec cela les villages pourront développer leurs infrastructures (puits, maraîchages, poste de santé, école…).

Nous avons également échangé avec les familles-terrains au sujet de leurs coûts d’opportunité. En effet, si ces cultivateurs prêtent des terrains pour qu’ils soient reboisés, ils renoncent potentiellement à des revenus issus de leurs cultures. Nous nous sommes donc plongés avec eux dans les détails de la culture du riz de coteau pour en comprendre tous les aspects (rendements, dépenses, durée des cultures, durées des jachères, etc.).

partage des revenus  qui récompenser

Au total, dans les 26 villages, 255 personnes, soit 88% de toutes les familles-terrains, ont participé à ce processus de délibérations. Pour arboRise, le reboisement participatif n’est pas un vain mot. C’est essentiel que chacun.e ait son mot à dire pour que tous.te.s s’approprient le projet.

Merci à la Fondation Somaha d’avoir contribué à rendre possible toute cette concertation.

fondation Somaha

Selon notre expérience, l’un des leviers du changement, dans toute organisation ou groupe social, ce sont les leaders. Et notre processus vise également à faciliter l’émergence de nouveaux leaders, légitimé.e.s par des élections transparentes dans leur village, puis au niveau sous-préfectoral, au sein de la Coopérative. Bien entendu, les responsables politiques actuels (Sous-préfet, Maire de Linko, chefs de villages) sont associés au processus. Ils se félicitent de la dynamique initiée par le projet dans la région. En effet, nous sommes convaincus que c’est la mise en réseau des leaders (anciens et nouveaux !) qui sera décisive.